Les métiers
à Castelbajac


(© Madame Marthe Delas)



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VIE SOCIALE -PROFESSIONNELLE -ARTISANAT- COMMERCE :
Ayant étudié surtout des documents du XVII e, XVIII e et XX e siècles et compte-tenu de nos souvenirs personnels et des récits des Anciens que nous avons connus, nous avons essayé de dresser un tableau représentatif de la vie quotidienne du lieu qui nous intéresse.

Cette population qui pouvait paraître homogène à un observateur superficiel était en réalité très hiérarchisée.

Tout en haut de l'échelle sociale, il y avait évidemment le Seigneur, Marquis de Castelbajac et Baron de multiples lieux.

En pays d'Oc, les rapports des Seigneurs avec leurs paysans étaient assez différents de ceux qui avaient cours dans d'autres régions de France. Ces rapports étaient généralement empreints de bonhomie, d'une relative familiarité : maintes anecdotes en témoignent.

Au-dessous des Seigneurs, venaient les "Bourgeois".
Ils étaient trois à Castelbajac :

- Les "Cazat" dont nous avons déjà parlé.

- Les "Tarissan" dont l'emplacement de la demeure n'a pu être situé à ce jour, et dont il ne reste pas de descendants connus.

- Les "Bertres-Philippou", habitaient la maison "Gay". Leur propriété s'étendait jusqu'au chemin du Cascar où elle louxtait celle des Cazat. On disait qu'ils pouvaient voir toute leur propriété depuis leurs fenêtres. L'un d'eux, Jean Bertrès décédé en 1750 était notaire royal.

Les Barons de Castelbajac et ces trois familles furent inhumés dans l'église jusqu'en 1792.


Après les Bourgeois, viennent les "LABOUREURS". Ils se caractérisaient par la possession de suffisamment de terrain pour assurer leur subsistance et utiliser une main-d'œuvre extérieure à la famille. C'étaient les "Manaoutou" - "Bidaou" - "Bancalet" etc. L'énumération en serait fastidieuse.


Les "BRASSIERS" comme leur nom l'indique travaillaient de leurs bras, moyennant salaire chez les "laboureurs". La majorité d'entre eux possédaient une petite maison en torchis composée d'une pièce à usage d'habitation et de quelques dépendances qui abritaient des volailles, un porc, souvent un âne, des moutons ou des chèvres et parfois une paire de vaches. Ils étaient également propriétaires d'un jardin potager et de quelques petits champs.

Dans les familles de "laboureurs" à cause du droit d'aînesse, les cadets, logés et nourris dans la maison paternelle, faisaient souvent fonction de "brassiers" chez leurs voisins pour obtenir quelque argent de poche.

Le potager des brassiers leur assurait les légumes d'usage mais lorsqu'ils semaient du maïs ou plantaient des pommes de terre dans le champ d'un employeur, celui-ci leur octroyaient un ou deux rangs de maïs ou de pommes de terre et au moment de la récolte, cela leur permettait d'engranger suffisamment de provisions pour passer l'hiver, gaver oies ou canards et engraissser un porc.


LES ARTISANS étaient très nombreux à une époque où tout se faisait " à la main" :

Le forgeron - Maréchal-ferrant
ferrait les animaux de trait : bœufs, vaches, ânes, chevaux ; il réparait tous outils ou ustensiles en fer. Parfois il avait une spécialité : TAILLANDIER (fabricant des outils coupants tels que les haches). Un certain Ozon (maison Matrassou det dehoro) était très réputé pour la qualité de ses haches. Il y avait aussi les CLOUTIERS (maison Bellequeue). Ceux-là faisaient des clous forgés de toutes dimensions, destinés aussi bien aux charpentiers qu'aux sabotiers ou aux menuisiers.


LES TISSERANDS fabriquaient des tissus de lin ou de laine. Ils exerçaient leur métier chez eux. Certains artisans se rendaient chez leurs clients. Ils étaient nourris et percevaient un salaire (vers 1900, un franc par jour). Parfois, ils étaient accompagnés d'un apprenti à qui ils donnaient 0 f 50 alors que l'employeur avait payé 1 frcs. C'était courant shez les TAILLEURS et COUTURIERS qui confectionnaient les vêtements avec les tissus de laine ou de lin fabriqués par les tisserands. Après avoir "tiré l'aiguille" pendant des siècles, l'invention de la machine à coudre par Thimonnier au début du XIX e siècle fut un grand progrès. Les clients les virent alors arriver, portant leur machine à l'aide d'une courroie passée sur l'épaule. Certes, il fallait amortir le prix de la machine, mais le rendement décupla.

LES CHARPENTIERS étaient nombreux, la population était dense et s'accroissait rapidement, il fallait donc loger les gens. Par ailleurs, les besoins augmentant, les troupeaux devenaient plus importants et il fallait aussi davantage de bâtiments de ferme. On utilisait parfois le bois scié dans les scieries mécaniques, mais souvent il fallait façonné à la hache.

DES SCIEURS DE LONG travaillaient parfois sur le chantier : la pièce de bois était hissée sur une espèce d'échaffaudage ; deux ouvriers - l'un au-dessus de la pièce et l'autre au sol - tiraient alternativement une grande scie. Les derniers scieurs de long connus à Castelbajac furent les époux Géraud (Bouillou). La femme se mettait au sol car la scie était moins dure à tirer vers le bas.

LES MAÇONS construisaient des murs, soit en torchis - il y avait de l'argile d'excellente qualité en particulier dans la carrière dite " Clot dera Lasserre " (Houeydets), soit avec des cailloux roulés (très abondants) liés au mortier de chaux. Le sable était recueilli dans les lits de certains ruiseaux (Allia) ou dans celui des Baïses. On peut voir encore près de certaines maisons, de petites excavations dans lesquelles on préparait la chaux qui était livrée "vive" et qu'il fallait "éteindre" avant de gâcher le mortier. Le ciment fit une timide apparition au début du XX e siècle, encore le mélangeait-on à de la chaux, par souci d'économie. Le four à chaux le plus proche était à La Barthe-de-Neste et on allait la chercher en char à bœufs.


Il y eut à Castelbajac :

Quelques MENUISIERS qui fabriquaient huisserie, chaises, armoires, coffres et jougs pour atteler bœufs ou vaches.

Quelques CHARRONS fabriquaient voitures à cheval, tombereaux, chariots divers dont les roues en bois étaient cerclées de fer. Certains étaient de véritables artistes.

Aux TONNELIERS était confiée la tâche délicate de faire, à partir de quelques rondins de chêne ou, plus souvent, de châtaignier, tonneaux, barriques ou cuviers de toutes tailles, destinés à de multiples usages : vendanges, fermentation des raisins, conservation du vin, lessives etc...

Fréquemment le même personnage spécialisé dans le travail du bois cumulait ces diverses professions.

Vers la fin du XIX e siècle et jusqu'au, milieu du XX e siècle, il y eut des fabricants de "Clôtures Girondines et d'échalas" en bois de châtaignier. Ce furent : CONQUEDO, BOP, AMIEL. Originaires du Béarn ils trouvèrent dans la région beaucoup de taillis de châtaigniers de très bonne qualité et ils s'établirent à Houeydets.

Enfin, avec quelques SABOTIERS et CORDONNIERS nous aurons à peu près fait le tour des artisans locaux.


Outre ces ouvriers sédentaires - et au gré des saisons - on voyait arriver dans le village des ouvriers ou des artisans ambulants.

L'auteur de ces lignes se rappelle avoir vu entre les deux guerres certains de ces personnages si pittoresques :

LE RACCOMMODEUR DE PARAPLUIES. Il avait une espèce de coffre qui devait mesurer environ - (mes souvenirs sont-ils fiables ?) - deux mètres de long sur un mètre de large et quarante centimètres de profondeur. L'ensemble reposait sur deux roues légères qui me faisaient penser à deux grandes roues de bicyclette. Deux poignées, une courroie passée sur son épaule et un énorme chien, genre berger allemand l'aidaient à déplacer son "atelier". Un parapluie était alors un investissement conséquent et on cherchait à prolonger son existence le plus longtemps possible. Il en existait de deux sortes "Baleines" en métal, recouvertes de tissu de coton noir, c'était là le parapluie "habillé" - Un modèle plus utilitaire, recouvert de toile de coton bleue aux "baleines" en quelque chose qui ressemblait à du roseau ou à du babou était beaucoup plus grand. Ce modèle était surtout utilisé par les gens dont la voiture à cheval genre "jardinière" n'avait pas de capote. Le raccommodeur changeait le tissu ou réparait la baleine cassée. Si le temps n'était pas trop froid, il dormait dans son coffre, au bord de la route, gardé par son chien. Il connut une triste fin : une voiture automobile de faucha dans son sommeil et il mourut dans son sommeil.

LE BOURRELIER s'installait pour plusieurs jours dans une maison du village. Il passait en principe une fois par an. Il réparait les courroies qui servaient à joindre les bœufs, il recousait les selles ou les harnais des chevaux.

L'ÉTAMEUR était aussi DINANDIER. Il signalait son arrivée dans le village par une sonnerie de trompette. Il réparait tous les ustensiles en cuivre et surtout "étamait" les objets en fer battu : couverts, casseroles, qui noircissaient à l'usage. Un bain d'étain leur redonnait pour quelques mois l'éclat du neuf. Il réparait aussi les chaudrons en cuivre qui étaient d'un usage quotidien.

LE CHIFFONNIER - MARCHAND DE VAISSELLE passait lui aussi avant la fête du village. Il récupérait ferraille, peaux de lapins, vieux chiffons, plume ou duvet, soies de porcs, tartre qui se déposait au fond des futailles etc... Il achetait tout cela à petit prix ou, plus souvent, troquait contre de la vaisselle. Tous ces articles récupérés étaient utilisés. Les soies des porcs devenaient des brosses. Les chiffons de lin ou de coton devenaient du papier ou servaient aux essuyages dans les usines. Les chiffons de laine étaient effilochées en manteaux de fourrure bon marché ou en doublures de pelisses. Les duvets s'exportaient particulièrement en Amérique du Sud. Le métier de récupérateur fut longtemps très lucratif.

LES CHAISIERS : En hiver, des Italiens passaient par groupes de deux ou trois. Un harnais retenait sur leurs épaules une grosse botte de roseaux, un petit établi et les outils utiles à la pratique de leur art. Dans chaque maison, il y avait au "bûcher" des piles de barres de châtaignier. C'était un bois très commun dans la région. Ils choisissaient de jolis rondins, sciaient, fendaient, polissaient, montaient une chaise et la complétaient par un siège en paille. Un bon ouvrier faisait deux chaises par jour.

C'est ainsi que vers 1890, un soir d'hiver, débarquèrent quelques italiens accompagnés d'un enfant d'une dizaine d'années. Il était mouillé, transi de froid ; les hommes partirent au café. Ma grand-mère donna à cet enfant des vêtements secs appartenant à un de mes oncles qui avait à peu prés la même âge, le fit manger et le coucha dans un lit bien chaud. Cet enfant s'appelait Joeph CAZALIS. Il arrivait de Venise où son père, disait-il, était officier de marine. Ayant entendu des chaisiers parler de leurs voyages, il s'enfuit de chez lui pour les suivre. Plus tard, il s'installa à Castelbajac, se maria, y exerça son métier. Jusqu'à un âge avancé, il se rappela avec émotion l'accueil que lui avait fait ma grand-mère.

LE HONGREUR traversait le village tous les quinze jours en soufflant dans une flûte de Pan. Il opérait porcs, veaux, moutons ou poulets. Pour les chevaux, on avait recours au vétérinaire.

LES CABARETIERS étaient nombreux. Ils servaient du vin blanc ou rouge, du café (dans des espèces de mazagrans en verre), de l'eau-de-vie de marc de fabrication locale. Certains vendaient aussi un peu d'épicerie. Le dernier établissement de ce type a fermé en 1970 avec le départ de la famille BOUZIGUES.

LES ÉPICIERS AMBULANTS étaient assez nombreux. Entre les deux guerres, deux d'entre eux faisaient encore leurs tournées avec des voitures tirées par des chevaux. L'un d'eux , BACQUÉ avait un long chariot bâché qui rappelait le Far-West. Il vendait du sucre, du chocolat, du sel, diverses épices, des sardines à l'huile et des harengs saurs, de la morue salée, quelques boîtes de thon et du saumon. Les fromages étaient peu nombreux : gruyère et Roquefort. Les gâteaux secs se réduisaient aux petit beurres et aux gaufrettes. Les pâtes alimentaires n'étaient utilisées que pour les repas de fêtes : vermicelle, macaroni, nouilles.

A ce chariot était arrimés :

1) - Un bidon en métal, muni à sa base d'un robinet. Chaque cliente apportait sa bouteille vide pour la remplir de "pétrole". La lampe à pétrole avait remplacé les chandelles de suif, de résine ou de cire.

2) - Une barrique en bois contenant de l'huile d'arachide. Là aussi, chaque cliente apportait sa bouteille pour la remplir au robinet de la barrique.

Le second de ces épiciers à véhicule hippomobile était l'employé d'une société fondée par une famille juive "Caïffa". La dernière guerre fut fatale à cette entreprise.

Dans les années 50, plusieurs épiciers ayant des magasins à Lannemezan, assurèrent des tournées. La population diminuant et les commerçants vieillissant, il n'y eut plus qu'un seul épicier ambulant (Dubéros) et plus d'épicier sédentaire.

En fait les ménagères faisaient du troc, les épiciers prenaient des œufs en contrepartie de leurs marchandises. Le prix des œufs était tel que chaque ménagère pouvait à peu près couvrir les frais d'épicerie avec le produit de sa basse-cour.

Jusqu'au début du siècle, chaque maison avait son four et chaque mâtresse de maison faisait le pain pour la famille. Puis on eut de plus en plus recours au BOULANGER. On lui donnait du blé et, en échange, il donnait du pain. Cette solution de facilité se généralisa et si, pendant la dernière guerre, en raison de la règlementation très stricte concernant les céréales, les fours à pain reprirent du service, ils furent vite abadonnés, la paix revenue.

DES COLPORTEURS, originaires de l'Ariège et qu'on appelait les "Saint-Gironais", passaient régulièrement, en hiver.De gros ballots contenaient des foulards de soie, des mantilles ou des écharpes en "Blonde de Grenade" (dentelle en soie noire) qui avaient passé la frontière espagnole en fraude. Mais les trésors d'Ali-Baba n'avaient rien à envier pour mes yeux d'enfant à ce que contenait une caisse fixée sur les épaules des femmes par deux courroies. Les casiers superposés révélaient des merveilles : petite mercerie (fil, aiguilles à coudre et à tricoter, ciseaux, dés à coudre), lunettes, chapelets, médailles, colliers en perles de faïence, savonnettes à la rose ou savon "le Congo" au Patchouli. Leur odeur puissante n'avait sans nul doute rien à voir avec les parfums de Grasse...

Jusqu'au début du XIX e siècle, des ESPAGNOLS venaient, pendant l'hiver, proposer leurs services. On les employait à défricher "à la pioche" des terrains que l'on souhaitait mettre en culture eu printemps suivant. Ils récupéraient les cailloux dont ils faisaient des murets à la lisière du champ ; ils arrachaient les souches des arbres qu'ils avaient abattus. Ils étaient logés et nourris par l'employeur et percevaient un salaire.

LES GITANS ont une place à part : un peu mendiants, un peu maraudeurs, un peu vanniers etc... Lorsqu'ils arrivaient dans le village avec leurs roulottes tirées par des chevaux, ils installaient leurs campement à l'abri d'un talus ou d'une haie touffue et les femmes se précipitaient, faisant du porte à porte pour troquer leurs camelote : vannerie, dentelle etc... contre de la nourriture : lard, légumes, volailles. Elles disaient la bonne aventure. Si elles étaient mal accueillies dans une maison, elles se répandaient en imprécations et menaçaient de jeter un sort !...

Pendant ce temps, les hommes avaient recupéré un peu de bois mort, allumé un feu, puis ils partaient de leur côté vers les fermes voisines pour quémander du foin ou de la paille pour leurs chevaux. Il valait mieux ne pas leur laisser l'opportunité de se servir car ils avaient une technique très efficace pour emporter une énorme charge de fourrage sur deux grosses cordes entrecroisées.

Parfois, ils donnaient un spectacle dans le préau de l'école, tous étant plus ou moins mucisiens ou acrobates ; ils faisaient aussi travailler quelques animaux : ours, chevaux, chèvres ou chiens.

Les Gitans étaient souvent voleurs de chevaux qu'ils rassemblaient dans les landes du Plateau de Lannemezan avant de leur faire franchir les Pyrénées à la barbe des douaniers. Pour pénétrer dans les écuries pendant la nuit, ils avaient un "secret". Les chiens de garde n'aboyaient pas et étaient retrouvés terrorisés.


Une P.M.E avait été fondée à Houeydets à le fin du XIX e siècle par François Castets qui se disait "USINIER". Elle fut reprise par son fils, Simon, qui, lui, se disait "industriel".

Cette entreprise avait été créée au quartier dit "Baïsolle" et sur les rives de la rivière du même nom. La chute d'eau actionnait un moulin à farine, une scierie à bois, deux batteuses : l'une pour le trèfle et l'autre pour les céréales et ... une dynamo. L'électricité produite assurait l'éclairage et le chauffage de la maison. Il y a 80 ans, deux ampoules électriques éclairaient la route à hauteur de cette maison. Avec sa petite chute d'eau, Simon Castets alimenta la commune de Lagrange en courant électrique durant plusieurs années. Il était aussi boulanger et possédait une batteuse à vapeur avec laquelle il se déplaçait chez ses clients.




           



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Entraide apportée par :
- © Madame Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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