Castelbajac .


(© Madame Marthe Delas)



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LA VIE DE CASTELBAJAC PENDANT LA RÉVOLUTION :
Paris et Versailles étaient bien loin et les médias de l'époque peu performants. La "Prise de la Bastille" ne dût guère perturber les habitants de Castelbajac.

Comme les paysans sont toujours enclins à se plaindre de leur sort, ils furent ravis de l'importunité de récriminer qui leur était offerte, par les "Cahiers de doléances", et les habitants de Castelbajac ne s'en privèrent pas.

Les habitants des villages étaient plus ou moins embarrassés pour rédiger ces fameux cahiers - c'est pourquoi, certains individus plus instruits rédigeaient parfois plusieurs exemplaires à l'usage des communautés intéressées. Certaines revendications étaient communes à tous les citoyens, des blancs étaient laissés pour le nom du village, la date, les signatures et les revendications spécifiques à chaque communauté.

Voici quelques unes des revendications exprimées dans les "Cahiers de Doléances" de Castelbajac.




CAHIERS DE DOLÉANCES 1789 :

(Orthographe respecté)

C. 274 Archives des Hautes-Pyrénées.

Castelbajac : Ce malheureux village, qui a cent habitants, pays d'impositions de toute espèce de six à sept mille livres ; frais et travaux déduits, toute la communauté n'en aurait pas pour autant de franc".

Pour éviter les dépenses, Castelbajac se charge d'abréger le temps des Procès ; "que les parlements, dit-il, entrent à sept heures jusques à midi et à trois de relevés jusqu'à six".

Les hommes de Loi étaient partisans d'une pension accordée au clergé. Castelbajac avait aussi son projet de pension. Il ajoutait, à l'adresse des Évêques, que le Roi devait : "Les renvoyer dans leurs évêchés, y veiller à leur troupeau et dissiper les revenus avec leurs brebis".

Vers 1753, M. Bernard Descals, curé de Castelbajac et Burg, laissa une fondation pour un maître d'école dans chacun des dits lieux. Le fonds consista en un pré situé au lieu de Burg.

Après avoir demandé :

"Que toutes marchandises ou productions de la terre fussent permises dans le royaume, même le tabac ainsi que le sel, que tous gardes et commis fussent renvoyés",
le cahier de Castelbajac continuait ainsi :

"Que le commerce sur mer soit libre, que les armateurs puissent envoyer leurs vaisseaux dans toutes les parties du monde et soient protégés et encouragés".

"Que le privilège exclusif de la Compagnie des Indes soit supprimé sans délai, s'opposant au progrès du Commerce et des manufactures et au progrès de la marine".

Le cahier de Castelbajac demandait la liberté pour la vente du tabac. La culture en était défendue, le cahier général exprime le vœu "qu'il soit permis aux apothicaires de la province de cultiver douze pieds de tabac, cette plante entrant dans plusieurs composition et médicaments nécessaires et importants pour le service du public".





CAHIERS DE DOLÉANCES :

(Orthographe respecté)

Castelbajac : située dans la partie la plus élevée des cotes de la province, elles sont presque inaccessibles à l'agriculture. La terre que l'on y cultive est enlevée toutes les années par les eaux de pluyes et des neges et ni reste après que une argile ou tuf stérile que cultiver après ne produit que un peu de seigle avoine et millet noir, il faut encore y mettre sept chars de fumier par journal sans quoy il n'y aurait rien après trois récoltes. Il faut la laisser reposer de quatre à six ans et ne produit alors que quelques genets épars et des ronces. Le peu de plaine qui y est en lourde culture produit la même revenu ; il faut plus d'engrais et de six huit ans de repos et ne produit alors que fougères et bruyères et brande ; cette terre paraît demi morte.

De sorte que les pluyes neges greles presque toutes les années ruinent ce malheureux village qui a cent habitants paye d'imposition de toute espèce de six à sept mille livres. Frais et travaux déduits toute la communauté n'en avons pas autant de francs.

... Point de régent, point d'école. Le temps n'est pas éloigné que le notaire ne trouvera pas de témoins pour signer les testaments.

... De sorte que Castelbajac ne peut se suffire dans les années les plus abondantes, un peu de seigle et un peu d'avoine et du millet. Sur tout le village, il n'y a que deux habitants qui aient assez du grain pour vivre, les autres vont acheter du mahy à six lieues de leur foyer pour subsister avec de la bouillie et toutes les années de la bouillie.

Ils désirent et demandent d'être écoutés et d'avoir une messe à leur portée. Ils sont et seront privés d'en entendre une partie l'yver cependant que la communauté paye aux décimateurs plus de trois mille six cents livres pour avoir un vicaire que la communauté paye. Il faut supplier M. le curé qu'il intercède auprès de Monseigneur l'Évêque et de ses vicaires généraux qui l'accordent quand bon leur semble et le supprime pour le plus léger motif malgré que l'on le paye.

Castelbajac demande une église pour son hameau de Houeydets.


Sept chars de fumier par journal (25 ares) -
Ce ne peut être qu'un lapsus... sept brouettées serait à peine au dessous de la réalité.


Cent habitants -
Il faut lire "cent feux allumants" (cent foyers). Les familles étaient très nombreuses, et compte tenu de l'étude démographique qui a été faite, cela représente de six à sept cents habitants.

- Il est totalement inexact de dire qu'il n'y a ni régent ni école. En fait, il y avait beaucoup d'illettrés, mais cela était imputable aux parents qui ne jugeaient pas utile d'envoyer leurs enfants à l'école existante (voir plus haut, rubrique "Enseignement").

- Contre-vérité encore, quant au manque de prêtres : l'abbé Clarens occupa le poste de Castelbajac de 1775 à 1790 et l'abbé Monié de 1790 à 1807. La vérité est tout autre : le presbytère était dans un tel état de délabrement chronique que, Évêque et curés successifs faisaient du chantage auprès de la municipalité pour obtenir que soient effectuées des réparations à l'édifice. L'Évêque menaçait de retirer le curé s'il n'était pas logé correctement. En fait les registres paroissiaux nous montrent qu'il y eut un curé résidant au presbytère, pratiquement sans interruption jusqu'en 1945.

- A quoi bon réclamer la libre circulation du sel, alors que la Bigorre était exemptée de la "gabelle".

- Enfin, nous sommes persuadés que le commerce sur mer et les privilèges de la "Compagnie des Indes" n'étaient pas le souci majeur du paysan mayen de Castelbajac.

Cette récrimination devait être suggérée par le nouveau seigneur qui venait d'acheter les biens et le titre du marquis de Castelbajac. Cet homme originaire de Galan, avait fait fortune à Saint Domingue et y possédait d'importantes plantations de tabac et de canne à sucre.




           



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Entraide apportée par :
- Mme Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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