Castelbajac .


(© Madame Marthe Delas)



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Dans un très lointain passé - le Bas-Moyen-Âge - l'Église était le seul organisme susceptible d'amener un peu de cohésion parmi les populations qui occupaient notre région. Les clercs étaient instruits, les Ordres religieux habitués à obéir à la " Règle" mirent en place une administration territoriale. L'Évêque ou l'Abbé du monastère étaient aussi bien les chefs spirituels que civils ou militaires. Ils imposèrent aus habitants des lieux circoumvoisins, des "ors et coutumes" (lois et règlements), et un impôt : la "dîme". Comme son nom l'indique, elle aurait dû s'élever au dixième de tous les revenus, mais, selon les cas, elle pouvait varier du douzième neuvième ou au huitième de certaines récoltes. Certains produits pouvaient échapper à la taxe, selon les besoins du Maître des lieux.

Depuis l'origine du christianisme, les fidèles avaient pourvu à la subsistance des ministres de la religion. Ce sont les Capitulaires de Charlemagne qui ont conféré à la dîme : force obligatoire et stabilité.

Lorsque la Féodalité s'installa, les seigneurs prirent la place des religieux pour l'administration civile et militaire. Ils levèrent des impôts et la dîme ne servait plus qu'à l'entretien des religieux.

Levée par des "décimateurs", elle était très élevée dans certains villages de Bigorre. Le décimateur en gardait, bien sûr, une partie pour son salaire. Le reste était partagé en quatre parts entre l'Évêque de Tarbes, le chapitre, l'église et le curé. Si la part restant pour le curé était trop faible, le principal décimateur était tenu de lui assurer une somme suffisante pour vivre "honnêtement" et qui s'appelait "la portion congrue". Environ la moitié des curés de Bigorre avaient opté pour "la congrue".

Le Tiers État était fort attaché à ses prêtres "qui vivaient parmi leurs paroissiens", partageant leur quotidien, et il demandait que ces derniers soient rénumérés par l'État, au tarif de 1.200 livres par an, alors que "la congrue" s'élevait à 700 livres pour le curé de 350 livres pour le vicaire.

Nous n'avons trouvé pour Castelbajac aucune trace de la dîme, du moins sous cette dénomination. Les "dons en nature" qui restèrent d'usage pendant longtemps étaient sans nul doute une survivance de cet impôt.

Le Dixain :
Était une redevance très impopulaire. Perçue par l'église cathédrale sur toutes les paroisses du diocèce, pour les frais de sa reconstruction après l'incendie allumé par Montgomery en 1569, il avait été maintenu, bien des siècles après la reconstruction de l'édifice.

Le Casuel :
Était l'ensemble des droits perçus par le desservant à l'occasion des baptêmes, mariages et sépultures.

Sous l'Ancien Régime, et de temps immémorial, les fiefs dûs au Baron s'élevaient pour Castelbajac, à une poule, douze sous et une coupe (environ dix litres) d'avoine par "feu allumant" et par an, payable à la Toussaint de chaque année. Ces charges étaient ici moins élevées que dans d'autres villages de la même seigneurie. Le seigneur avait abandonné aux habitants, les droits de taverne, boucherie, banalités, etc... Le seigneur prélevait une taxe sur les "lods et ventes" équivalents de ce que nous payons aujourd'hui chez le notaire pour les "legs et ventes".

Les Impôts directs destinés au Trésor Royal étaient : la "taille", la "capitation" et les "deux vingtièmes".

La taille :
ou impôt foncier fut longtemps "extraordinaire" et n'était levée que lorsque les finances du royaume étaient mises à mal par des guerres. Elle ne devint définitive que sous Philippe... elle frappait les roturiers ou non nobles. Les nobles en étaient dispensés car ils payaient "l'impôt du sang", c'est à dire qu'ils devaient faire la guerre au service du Roi lorsqu'il le jugeait bon.

Les deux vingtièmes :
C'était un impôt dû en fonction du revenu total. Il était payé, en théorie, par tous les français, même privilégiés. En fait, le Clergé s'en était racheté une fois pour toutes en versant 32 milions de livres au Pouvoir Royal.

Les impôt indirect pesaient sur tous. Leur impopularité était extrême :

Les aides :
Ensemble de taxes très variées sur les boissons, le tabac, le papier, etc...

Les traites :
Droits de douanes payables par les marchandises qui circulaient entre les provinces. Elles étaient perçues dans des "Barraques" édifiées à la limite des territoires.

La Bigorre était dispensée de la "Gabelle" qui pesait lourdement sur certaines régions de France.

Les impôts indirects étaient prélevées par les agents de l'État sous le contrôle des Fermiers Généraux qui en tiraient de gros bénéfices.

Avec la Révolution, le mot "Contribution" remplaça "Imposition". Il n'y eut plus ni taille ni capitation mais la "Contribution mobiliaire" (graphie respectée) et la contribution fonciaire. Pour le contribuable, la réalité fut amère car elle se concrétisa par le triplement des charges en moins de deux ans. Les contributions volontaires (sic), somptuaires, sols additionnels, et l'emprunt forcé, quelles que soient leurs appellations s'alourdirent terriblement.

La commune était imposée d'une somme globale à répartir entre les contribuables. En 1791, la "mobiliaire" s'élevait à 533 livres 14 sols 2 deniers. Les habitants n'ayant pu payer, se voient imposer par le receveur général du district, la présence d'un "brigadier" logé sur la commune.

Le 11 Novembre 1792 le procureur de la commune se serait rendu à Tarbes pour parler aux administrateurs de "l'indifférence" de ses consuls, syndic et trésoriers et de leur refus obstiné à se conformer aux dits arrêtés, cependant que les frais du Brigadier grossissent considérablement. Il est donc urgent que des mesures soient prises pour que les contributions de 1791 soient payées au percepteur et par ce moyen se mettre à l'abri de payer un Brigadier.

Il fut donc décidé de vendre des biens communs : arbres, feuilles fougères, terrains communaux pour apurer la dette.

Nous n'étions là qu'en L'An 1 er de la République. La situation ne fit qu'empirer au cours des années suivantes. Par exemple, en l'An IV, la mobiliaire était passée à 830 livres

La guerre déclarée à l'Autriche entraîna un conflit généralisé auquel participèrent la Prusse, l'Espagne, etc... Pour faire face à cette situation, la Patrie fut déclarée en danger et il s'en suivit de multiples réquisitions.

Les hommes mariés furent enrôlés dans la "Garde Nationale", sorte de "réservistes". Les célibataires volontaires (de nom seulement) devaient se rendre aux fontières.

En 1791 et 92, le nombre des volontaires fut nettement insuffisant et la Convention décréta la levée en masse de tous les hommes valides de 16 à 60 ans.

Cette mesure fut très mal accueillie car, "au temps des seigneurs" si des manants étaient enrôlés pour ferrailler contre le seigneur voisin, il ne pouvait aller combattre "au delà d'une journée de marche" afin qu'ils puissent rentrer chez eux le soir.

Lorsque la conscription fut instaurée pour la mobilisation des hommes de 16 à 60 ans, et que les hostilités se déroulèrent aux lointaines fontières de la France, la plupart des hommes de Castelbajac s'égaillèrent dans la nature. Certains investirent des grottes ou des troncs d'arbres creux, d'autres partirent en Espagne. Pour certains, les registres d'État-Civil furent truqués tout cela malgré les menaces de sanctions qui pesaient sur leurs familles ou sur ceux qui cachaient des déserteurs. La désertion a été d'une ampleur incroyable pendant la Révolution de l'Empire. Les "Volontaires de l'An II" magnifiés par les poètes ne furent guère nombreux à Castelbajac.

Le maire faisait poser des affiches, il faisait battre "la caisse" (tambour). Au jour et à l'heure fixés pour le rassemblement, il se retrouvait seul. Il prenait alors le chemin de Tarbes pour expliquer la situation aux autorités. Des décrets étaient publiés pour menacer les contrevenants des pires sanctions. Rien n'y faisait. Quand le maire se rendait dans les maisons, il n'y trouvait que des malades, des enfants ou des vieillards et toute la famille assurait que ceux qui faisaient partie de la tranche d'âge concernée par la mobilisation étaient partis depuis longtemps.

Cela dura jusqu'à ce que une amnistie générale soit prononcée pour tous les déserteurs.

Les "Armées de la République" ayant, malgré tout, remporté des succès, il fut décrété qu'une "Fête des Victoires " serait célébrée dans toute la France et là, toute la population fut présente sur la "Place Presbytérale", rabaptisée "Place de la Liberté". Les Archives de la commune en contiennent un compte-rendu savoureux.

Aux "contributions" en numéraire, s'ajoutèrent des "réquisitions" de grains, chevaux, mulets, foin, paille. Le tout était entreposé à Galan, certains citoyens étaient requis d'aller avec chars et bœufs, transporter ces diverses denrées de Galan à Tarbes.

L'An IV de la République Française, une et indivisible et le 20 messidor, les habitants de Castelbajac à l'invitation du citoyen Bernard Abadie, agent municipal se sont assemblés à "la Place le la Liberté" pour célébrer la fête des victoires que les braves défenseurs de la République Française ont remportées sur les despotes et après avoir passé la journée dans les divertissements propres à célébrer cette fête, ils l'ont terminée par un feu de joie. En conséquence, grands et petits se sont acheminés vers le nord de la commune où au loin des habitations était le bois destiné à faire un feu de réjouissance. En allant, les vieillards ont chanté des hymnes analogues à la fête, et les enfants les ont suivis, et leur ont répondu alternativement. L'agent municipal a mis le feu en criant :

"Vive la République ! Mort aux tyrans ! Victoire sur les ennemis !"

Et tous ont répété ces accents. Ils se sont ensuite retirés paisiblement.




           



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Entraide apportée par :
- © Mme Marthe Delas
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© Marie-Pierre MANET






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