La monographie locale

de Vidouze.
De R.ANCELY

(© ADHP - A 303)


(Monographie offerte par M. Alain Eymard)




00036426
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Au début du XVI e siècle

La situation de la communauté de Vidouze va encore se compliquer par la découverte d'un procès qui, au début du XVI e siècle va opposer, pour les droits seigneuriaux de ce village devant le Juge de Fézensac, noble Archambaud de Rivière et le Procureur du domaine d'Armagnac requérant pour le Comté placé alors sous séquestre par le roi Louis XI (Archives des Basses-Pyrénées - Série E.287).

Le procès débute le 7 Juin 1507 ; nous ne le connaissons que par des pièces de procédure et l'audition des témoins ; la décision du Juge ne figure pas au dossier et ne paraît pas avoir été conservée dans un dépôt d'archives. Quoique l'issue n'en paraisse guère douteuse (la balance de la Justice aurait dû pencher en faveur du Comte de Rivière), elle ne nous intéresse pas autant que les arguments développés par les parties et qui vont ajouter une enigme presque insoluble aux conditions de partage de la communauté de Vidouze.

C'est le Procureur du domaine d'Armagnac qui est demandeur. Pour prouver les droits du Comté sur partie de Vidouze, il établit par des registres de comptes du Receveur d'Armagnac que celui-ci a, à diverses reprises, perçu les droits de fief sur cette communauté. Mais les témoins qu'il produit se retournent contre ses assertions. Tout en reconnaissant certaines perceptions faites au profit du Comte d'Armagnac, ils certifient que, depuis une époque très ancienne (début du XV e siècle environ), il était de notoriété publique, dans cette commune, que la moitié de Vidouze était indivise entre le seigneur de Barbazan et le Comte d'Armagnac. De plus, ils affirment que ce même Comte a fait donation de sa part de seigneurie à noble Guiraud de Rivière qui en transféra la souveraineté à son fils Bertrand et au successeur de ce dernier, Archambaud. Et celui-ci, partie défenderesse au procès, va produire le titre de donation qui date du 8 Juillet 1439. Ce titre est formel. Jean V d'Armagnac, reconnaissant les éminents services que lui a rendus son ami et féal escuyer Guiraud de Rivière, lui fait donation entre vifs pour lui et ses enfants mâle de la part, parcelle et portion qui lui appartient dans le lieu de Vidouze. Le procès est donc jugé par cet acte de donation et voilà un nouveau seigneur de Vidouze qui va s'ajouter à Barbazan-Faudoas, à leurs successeurs et aux vicomtes de Lautrec. Nous pourrions arrêter là notre analyse de ce procès s'il ne soulevait une opposition absolue entre la situation qu'il expose et l'acte de 1549 rapporté ci-dessus et qui attribue une part de Vidouze aux Comtes de Lautrec. Si le procès de 1507 harmonise la possession d'une moitié de Vidouze en indivision entre les Barbazan et les lautrec et permet plus tard sa réunion sur la tête d'Henri IV, on comprend mal comment le Comté d'Armagnac a pu, à un moment donné, se substituer aux droits de la famille de Lautrec pour assigner Archambaud ; car c'est bien au nom des Lautrec qu'agit le Procureur du domaine ; en effet, dans la procédure le baile qui y figure et représente le demandeur est qualifié, en propres termes, de :

"Jean de St-Germain, baille de Vidouze, pour le Comte de Lautrec".

Donc, Armagnac, sous séquestre, argumente et plaide pour la part des Lautrec. Comment pouvait-il le faire en 1507 et prétendre excercer ainsi les droits d'une famille qui n'est pas dépossédée de ses prérogatives qur Vidouze puisque, quelques quarante ans après, en 1549, cette communauté passe de la succession des Lautrec où elle est donc restée, sur la tête d'Henri d'Albret, grand-père d'Henri IV ? Il ne saurait être question ici d'examiner une question de parenté, d'alliance ou de mariage. La maison de Lautrec, fondée ainsi que nous l'avons exposé, par une branche cadette des Comtes de Foix, subsiste jusqu'en 1540 et si l'on ne peut établir à quelle date exacte Vidouze est entré en partie dans les fiefs de cette famille, du moins sait-on qu'il n'en est sorti que par la mort, sans postérité, à Claude de Foix, dernier représentant des Lautrec.

Nous croyons qu'il faut rechercher la solution de cette enigme dans une question de souveraineté. La Rivière Basse appartenait en entier au Comté d'Armagnac dès le XV e siècle. Les seigneurs particuliers qui la peuplaient étaient donc vassaux du Comte d'Armagnac et n'exerçaient sur leur fiefs que les droits que leur suzerain supérieur leur avait concédés. Les vicomtes de Lautrec n'échappaient pas à cette règle et il paraît naturel qui si, à un moment donné, le Procureur du Domaine d'Armagnac a eu la conviction qu'Archambaud de Rivière avait usurpé les droits des Lautrec, il appartenait au Comte d'Armagnac de protéger son vassal et de réclamer en son nom. En fait, il n'y avait peut-être, dans ce procès, qu'une question fiscale en jeu. La procédure indique que le receveur des Domaines d'Armagnac percevait des droits sur Vidouze ; il produit des registres de recettes qui en font mention ; les témoins, interrogés par lui, déposent également sur ce point. L'instance engagée devant le juge de Fézensac avait probablement pour but principal d'empêcher le seigneur de Rivière de percevoir des droits au préjudice du Comté et, pour donner plus de poids à son action, le Procureur l'avait intentée en appelant au procès le baile des Lautrec, afin que la décision rendue puisse, le cas échéant, être opposée à ce vassal.




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Entraide apportée par :
- M. Alain Eymard
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© Marie-Pierre MANET







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