La monographie de la commune de Tarbes
Présentation d'un plan
de Tarbes en 1749
.[1]


(Par Jules Héraut)



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Plan de Tarbes en 1749 :

[1] Une immense lacune existe en ce qui concerne la représentation sous forme de plan, de la ville de Tarbes au Moyen-Âge.

Un tel vide une semblable absence de plan concernant également la ville de Tarbes au XVIIIe siècle.

En 1908, l'abbé Ricaud, historien local de grand mérite, avait tenté, pour combler partiellement cette lacune, de réaliser un essai de reconstitution de Tarbes en 1793.

Étant donné le caractère, en partie immuable, présenté dans ses grandes lignes, par les principales voies de communication, les places et quelques anciens édifices, cette reconstitution nous permet d'avoir une idée assez exacte de notre ville à cette époque.

Cet essai, réalisation exemplaire, fidèle et très utile, figure dans un ouvrage de l'abbé L. Dantin : François de Gain-Montaignac, évêque de Tarbes...

Voici donc ce document précieux, inédit, inconnu des hauts-pyrénéens, dont l'existence fut constatée dans les Services d'Archives Départementales du Gers, où il est conservé sous la cote C.294.

Au XVIe siècle, le livre terrier (ou registre cadastral) comportait vingt-deux parties de très inégale importance, celles-ci cependant, pouvaient être résumées en six secteurs essentiels :

- Le Bourg-Vieux ;
- Le Bourg de la Sède, avec ses faubourgs Martiac et Mateloup ;
- Le Bourg-Neuf ;
- Le Maubourguet ;
- Le Bourg de Carrère Longue ;
- Le Bourg du Portail-Devant où se conservait le souvenir de l'ancien Bourg-Crabé;

Vers le milieu du XVIIIe siècle, le territoire de Tarbes était divisé en huit parties principales :

- Le Bourg-Vieux ;
- Le Bourg-Neuf ;
- Le Portail-Devant ;
- Le Maubourguet ;
- La rue Longue ;
- Le Bourg de la Sède et ses faubourgs Sainte-Anne et Sainte-Catherine ;

Précisons que, sur le plan des impôts, un neuvième chapitre concernait les terres possédées par les forains, c'est-à-dire par des gens domiciliés dans les villages voisins : Bordères, Ibos, Juillan, Momères et autres lieux.

Avant de pénétrer dans la ville, observons, un instant, ce qui compose non pas le terroir de Tarbes, mais ses environs immédiats.

À l'est, c'est-à-dire dans les secteurs du Marcadieu et du Portail-Devant, sont signalés sur ce plan, trois terres labourables, une grande vigne et une prairie.

Dans les secteurs du Bourg-Neuf, du Bourg-Vieux et du Maubourguet se dénombrent :
- au sud, trois terres labourables, dix prés et deux grands jardins ;
- au nord, six terres labourables, une grande vigne, et au nord-ouest, un grand jardin.

Enfin, à l'ouest de la ville, hors du Bourg de la Sède, dans les faubourgs Sainte-Anne et Sainte-Catherine, se remarquent : cinq terres labourables, huit vignes, cinq prés et huit jardins importants.

Notons que, à cette époque, les petits jardins devaient être nombreux à Tarbes.


Les différents canaux :

Observons les différents canaux qui vont sillonner la ville de leurs multiples ramifications. Après avoir irrigué les prairies, ils fourniront à "cité et communauté de Tarbes" l'eau qui garnira ses fossés de protection et la force hydraulique si nécessaire, si précieuse, qui permettra le fonctionnement de nombreux moulins à farine, à tan, à foulon, et de quelques scieries.

En 1749 et aux portes de la ville, comme déjà depuis de nombreux siècles, le canal oriental alimente ainsi plusieurs de ces moulins dont celui de M. Lauzet.

Ce même canal longe ensuite le côté ouest de la place Marcadieu. Là se produisent, à des points différents, deux ramifications se dirigeant vers l'est :
- l'une, au sud, traverse ladite place puis alimente un moulin (n°36).
- l'autre, au nord, passe devant la vieille porte de Marcadieu : le Portail-Devant, où il sert de fossé de protection.
À l'est de cette place, ces deux canaux coulent vers le nord pour aller rejoindre l' Adour.

Revenons au bord du canal oriental. Ses eaux continuent leur descente, font tourner les meules du vieux moulin des comtes de Bigorre (angle sud-est de l'actuelle place Montaut) et celles du vieux moulin "deù Bié" appartenant au sieur Caparroy, seigneur de Baliron.

Sur les murs de ce dernier bâtiment, toujours existant et qui est, vraisemblablement, avec la vielle maison Briquet du quartier de la Sède, l'un des plus anciens de Tarbes, sur ces murs, on peut remarquer :

- au nord, une meurtrière et une petite fenêtre à linteau en forme d'arc trilobé ;

- au sud, deux fenêtres semblables à la précédente et de surcroît, au même niveau, une autre petite baie : très belle fenêtre ogivale géminée qui, fort heureusement, vient d'être remise au jour. Détail à signaler : la partie basse du montant gauche de cette baie porte une inscription finement gravée qu'il serait très intéressant de déchiffrer.

Mais le canal oriental poursuit son cours, il se dirige encore vers le nord puis, brusquement, vers l'ouest, après avoir longé une partie du Bourg de Portail-Devant, du Bourg-Neuf et du Bourg-Vieux, il arrive à hauteur du Maubourguet (actuelle place Verdun). Là, il fait fonctionner le vieux moulin de Ferras, rue des Cordeliers (actuelle rue Massey). Enfin, se dirigeant vers le nord, ses eaux font tourner les meubles du moulin de l'Évêque avant d'aller à nouveau, irriguer de nombreuses prairies.

Au sud de la ville, nous distinguons aussi le canal occidental : il permet d'abord le fonctionnement de la papeterie de M. Monié, du lieu de Soues en Bigorre, fabrique créée en 1734, puis à trois cents mètres environ de la cité, nous remarquons l'existence de l'une de ses ramifications. Les eaux de celle-ci, après s'être elles-mêmes scindées en deux parties, forment une grande boucle, irriguent des prairies et convergent vers l'angle sud-est du Bourg-Neuf. À ce point, se réunissant à nouveau, elles alimentent les fossés de protection du Bourg-Neuf et du Bourg-Vieux, puis ces eaux se rejoignent dans un même lit, près du Maubourguet, et se jettent dans le canal oriental.

Le pluriel utilisé par nos ancêtres pour désigner leur nouvelle rue par le nom de Grands-Fossés, provient vraisemblablement de l'existence de l'un des bras du canal d'alimentation des fossés : il coulait parallèlement au fossé sud du Bourg-Neuf, à proximité de l'emplacement occupé, de nos jours, par la façade des maisons situées sur le côté méridional de la rue Maréchal-Foch, entre la Petite rue Saint-Pierre et la rue Ledru-Rollin.

Mais revenons près du canal occidental afin d'en suivre le cours. Remarquons d'abord, qu'un chemin existe entre ce canal et l'une de ses ramifications. Après avoir alimenté le vieux moulin des Prés, les eaux de ce canal coulent vers l'ouest, forment quelques sinuosités et prennent la direction du nord pour mettre en mouvement les meules du non moins vieux moulin "La Pardelhane" de M. de Lafitole. Bordant la place Maubourguet au sud-ouest et à l'ouest, ces mêmes eaux, après avoir fait fonctionner le très ancien moulin du Trépadé se dirigent vers le nord jusqu'en face de l'église des Cordeliers. Là, elles se dirigent vers le nord-ouest et permettent successivement la rotation des meules des moulins à farine des Dames Religieuses de Momères et du Chapitre Cathédrale. Enfin, ce même canal prend la direction du nord et sert à l'irrigation des prairies.

Signalons aussi le canal de L'Ayguerotte qui, arrivé à l'allée des Capucins, se dirige vers l'ouest. Utilisé comme fossé de protection à partir de ce dernier point, il borde le quai des Capucins, passe devant la porte dite de Fourcade puis au sud du couvent des Urselines, au sud et à l'ouest de l'Évêché, devant l'hôpital de la Clôture dont il alimente le moulin, traverse le rue Sainte-Anne sous le pont dit de Cénac ou de Mothe et quarante mètres plus bas, se divise en deux parties : l'une de celles-ci passe devant le cimetière et l'église Saint-Martin puis, parallèlement au canal occidental, poursuit son cours vers le nord ; l'autre longe la rue de Bordères (actuelle rue Pasteur) et se dirige elle aussi vers le nord.

Les différents voies :

En 1749, le voyageur qui venait de l'est de la ville et se dirigeait vers l'ouest, passait sur le pont de l'Adour, parcourait la place Marcadieu et arrivé au nord-ouest de celle-ci pouvait choisir pour traverser la ville, l'un des iténéraires ci-après :

- le premier commençait à la porte du Marcadieu (Portail-Devant) puis, empruntant la très ancienne voie de chaque bourg de la non moins ancienne cité, traversait le secteur du Portail-Devant, le Bourg-Neuf, la place de la Portète, le Bourg-Vieux et le Maubourguet. De là, il continuait dans la rue Longue puis dans la rue de la Sède franchissait la porte Corbeihe, située près de l'hopital Saint-Blaise et en face de la rue Gondrin (actuelle rue Vic-Hugo) et débouchait dans la rue Sainte-Anne, qui après la chapelle dédiée à cette sainte, prenait le nom de la route de Pau.

- Le second de ces itinéraires traversait le pont de la Foraine ou pont de la Douane, au Marcadieu et en face de l'hôtel du sieur Buron (dont une ruelle perpétue le nom), puis après avoir longé le canal jusqu'au moulin des comtes de Bigorre, se poursuivait par le chemin et la chaussée des grands-Fossés jusqu'à l'angle sud-ouest de la place Maubourguet. De ce point, le trajet continuait par la rue Neuve et par l'allée des Capucins, passait au sud du couvent des Urselines et entre le séminaire et l'Évêché, puis par la rue dite du carrefour du l'hôpital, débouchait dans le rue Sainte-Anne.

À l'ouest de l'hôpital, on l'appelait "rue de Lange" en 1782 et, après l'incendie de 1785, qui avait détruit ses maisons et ses granges, on l'avait surnommée "la rue cramade" ou rue brûlée. Il s'agit de la "rue des Cultivateurs".

Voici l'embranchement des vieux chemins d'Ibos et d'Azereix, le faubourg, la Montjoie et la rue Sainte-Catherine, les allées du Pradeau avec ses cent treize ormes, le séminaire et sa chapelle, le Bourg de la Sède et sa porte méridionale, le couvent des Urselines et sa chapelle, la maison de l'Officialité ou tribunal de l'Évêque, l'évêché, la cathédrale avec son cloître qui sert de lieu d'inhumation, la porte occidentale du Bourg de la Sède, la rue Neuve, l'hôpital Saint-Joseph ou de la Clôture et son moulin, l'hôpital Saint-Blaise, la porte Corbeilhe, le chemin d'Urac, le faubourg Sainte-Anne et sa vieille chapelle qui déborde largement sur la rue.

Voici encore la rue de Bordères, la rue, l'église et le cimetière Saint-Martin - dit cimetière des Pauvres -, la rue Gondrin, la rue de la Sède, la vieille maison Briquet, le carrérot et le Portanet (petite porte) de Palus, puis le carrérot de la rue Longue.

Remarquons la rue de la Sède, la rue Longue et une partie de la rue Soucourieu : un canal les borde et, parfois même, passe en leur milieu.

Observons - fait remarquable - que la rue Longue et la rue de la Sède, de la place de Verdun à la place Saint-Blaise actuelles, ont conservé les lignes courbes du canal qui les sillonnaient.

Situons l'ancienne carrère Marque Sen Pé (Saint Pierre) ou rue du Collège, la porte de Fourcade - une des portes du Bourg de Carrère Longue, le couvent des Capucins, construit hors des remparts, avec son cloître, sa chapelle et son parc, la rue et le carrérot de Bramebaque, le vieux Collège de la ville, la chapelle des Pères Doctrinaires qui, par une décision du Conseil de ville en date du 29 août 1614 fut créée au rez-de-chaussée du très ancien hôpital saint-Jacques.

Remarquons, devant cet hôpital, le très vieux puits de la rue Longue, et à l'extrémité de cette voie, la non moins vielle porte de Trépadé devenue Porte Saint-Louis ; l'emplacement de l'ancienne place de Trépadé avec sa fausse boucherie adossée au moulin ; le portail, l'allée et le couvent des Cordeliers ; l'endroit où se dressait au XVIe siècle, la très ancienne Ecole Publique de Tarbes.

Voici encore la route de Vic, la pépinière, propriété de la ville ; la rue des Cordeliers (ancienne carrère de Moixe ou de Mouché) ; le Maubourguet ou mauvais petit bourg (il se situait approximativement à l'emplacement de l'actuelle promenade).

Le Bourg-Vieux nous ouvre ses portes : celle de l'Horloge et celle du Milieu dite aussi "du trompette". Au sud de la ruelle de Nolibo, située entre le château comtal et la maison de M. Saint-Martin, seigneur de Beyrie, on peut reconnaître l'endroit où se trouvaient le pont et la petite porte de Nolibo (la Portète).

Les hôtels de ville successifs :

Situons la maison et le pont de M. Ducasse, à l'emplacement des actuels palais de Gonnès et de Gestas ; le premier hôtel de ville connu adossé en partie au mur occidental de la vieille collégiale. Situons encore la place, l'église Saint-Jean-Baptiste et sa chapelle des Pénitents Bleus, adjacente au mur septentrional de ladite église, et le très ancien cimetière Saint-Jean.

Avant de nous éloigner de ces lieux, points essentiels du Bourg-Vieux - donc de Tarbes - observons que la maison commune est située à une place privilégiée, au cœur de la très vieille "cité et communauté de Tarbes". Le temporel et le spirituel sont présents en ce haut lieu de rencontre : mairie, place des marchés et de fêtes, église et cimetière constituent un ensemble harmonieux qui existait généralement dans chaque commune.

La situation occupée par l'édifice de cette maison commune, atteste, semble-t-il, que nous sommes bien en présence du premier hôtel de ville de Tarbes.

Mais reprenons notre longue énumération : voici l'immeuble de M. Saint-Martin de Beyrie, receveur des États du Païs de Bigorre, maison qui deviendra, en 1760, le deuxième hôtel de ville ; le vieux château comtal transformé en prison ; la non moins vieille place de la Portète et l'immeuble de M. de Mua de Barbazan qui, plus tard, en 1830 (époque où l'édifice de style bigourdan appartenait aux héritiers des biens de M. de Castelnau-Laloubère), deviendra troisième hôtel de ville.

Les fortifications, les tours et les fossés :

Remarquons - cela est essentiel et donne beaucoup de valeur à ce plan de 1749 - qu'une grande partie des fortifications du Bourg-Vieux et du Bourg-Neuf est nettement visible : des remparts flanqués de tours, des portes et des fossés profonds isolent et protègent des Bourgs. Au cours des siècles précédents, ces portes étaient munies de ponts-levis.

On distingue parfaitement le rempart occidental, le septentrional et l'oriental, ainsi que la célèbre tour de Boulevard.

C'est en se penchant à une ouverture de cette tour que le capitaine Garrebaque fut tué d'un coup d'arquebuse par un soldat du lieutenant Montamat, au cours du troisième siège de Tarbes en 1570. (Guillaume Mauran - sommaire Description du Païs et Comté de Bigorre - p. 139)

A l'angle nord-ouest du Bourg-Vieux se distingue la tour de l'Horloge tandis que, à l'entrée occidentale de ce même bourg, s'ouvre dans une tour centrale, la porte de l'Horloge.

C'est entre ces deux dernières tours que, lors du même siège de Tarbes d'avril 1570, fut tué le courageux capitaine Bonasse. ( Guillaume Mauran - sommaire Description du Païs et Comté de Bigorre, p. 136) )

Voici la tour dite de derrière chez Ducasse et celle de Lavedan.

Remarque : si sur ce plan de 1749 le côté est du Bourg-Vieux n'est pas protégé par un fossé, il semble très logique de croire - et même de le croire avec une conviction profonde - que ce fossé existait antérieurement, avant la création du Bourg-Neuf.

Situons dans ce Bourg-Neuf la tour de la Marquette et celle dite de derrière chez Partarrieu. Signalons les emplacements où se dressaient la tour de l'angle nord-est et la tour dans laquelle s'ouvrait la porte orientale dite de Notre-Dame du Bourg-Neuf ou, aussi, l'Horloge de ce même bourg.

Autre remarque importante : sur ce plan, les portes de la ville ne sont signalées que par un rétrécissement de la chaussée. Il est utile, semble-t-il, de rappeler que chacune de ces portes s'ouvraient dans une tour.

Remarquons encore les fossés qui ceinturent les deux bourgs. Constatons l'existence du glacis, espace de terrain situé entre les remparts et les fossés.

Notons qu'un chemin, celui des Petits-Fossés, existe au nord des deux bourgs et du fossé.

Terminons notre long circuit en signalant encore dans le Bourg du Portail-Devant, le chemin et la porte des Escarnadès, onzième porte existante de la ville en 1749 (il y en avait précédemment treize en comptant la porte Notre-Dame du Bourg-Neuf et celle de Nolibo). Voici la place Marcadieu et ses nombreux arbres (plus de 200 dont 116 chênes plantés au cours de la saison 1721-1722), enfin, le vieux couvent des Carmes, son église, sa chapelle du Mont-Carmel et son cloître.

Jules Héraut



[Les hôpitaux de Tarbes]






Notes

[1] Source : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
Bulletin de la Société académique
des Hautes-Pyrénées
Société académique
des Hautes-Pyrénées - 1913.


[Plan du site passion-bigorrehp.org]



[Commune de Tarbes]
[Généralités sur les Communes]
[Sommaire]




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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.
© Marie-Pierre MANET







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