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La chaussure dans la Bigorre
il y a cent ans
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Sceau
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[1]Venons-en aux chaussures classiques dont l'usage s'est perpétué en Bigorre, à savoir : les sandales, les espartilles et les sabots ; les chaussures faites de peau, de corde ou de bois.

La pâtre coupe dans une peau de bœuf, de vache ou de veau encore garnie de son poil et non tannée deux morceaux oblongs de 30 centimètres sur 12 centimètres en moyenne et deux bandelettes minces d'un mètre au moins de long. Les mesures doivent varier avec le pied qu'il s'agit de chausser. Le poil sera en dedans de la chaussure pour l'assujettir au pied ; on fait quatre trous, deux vers la plus grande largeur du pied en avant correspondant à l'empeigne et deux vers le talon, où serait la quartier, on y enfile une bandelette pour chaque chaussure en commençant au talon ; les deux bouts libres sont croisés sur le cou-de-pied, puis on les recroise autour de la jambe et on les noue sur le pantalon ou la jambière.

Avec une lanière de supplément on borde solidement la pièce de peau, on y produit quatre œillets convenables à recevoir la bandelette, c'est un perfectionnement notable. Les gens cossus portent cette chaussure sur de fortes chaussettes de laine blanches brodées en noir à la frange et boutonnée de quatre boutons.

Cette chaussure se nomme abarca. Nous connaissons en Aragon nuesta senora de santa abarca, dans le quartier de Cinco villas ; aux environs de Cauterets se dresse une montagne du nom de Castel abarca, mais ce qui est plus curieux Abarca est un nom d'homme, il peut se rapprocher de la Caligula des romains qui devint le surnom historique d'un empereur romain de triste mémoire, car la chaussure légère du montagnard pyrénéen préférée par Sanche II dit Abarca est devenue l'appellation distinctive de ce roi de Navarre.

On dit abarca, abarque, sabarcou, sabarque, sabarcot, tous ces mots dériveraient du latin barca, petit bateau, et par suite abarqué, celui qui fait ou qui porte des abarcas, abarcalhs, les liens des abascas.

En divers lieux de la chaîne, nous retrouvons cette chaussure des hautes valllées de la Bigorre ; elle foule les mêmes sentiers depuis plus de vingt siècles.

M. EUG. Cordier a noté un dicton météorologique au sujet de l'abarca.

Quan ets brums ban Labeda
Dat eres abarques at caa.


(Quand les nuages vont en Lavedan
Donnez vos abarques au chien.)

C'est le vent qui souffle du midi, la neige fond, quittez vos chaussures d'hiver et reprenez la liberté du pied nu.

La sparte ou spart est une matière textile fournie par divers végétaux. On l'utilise en sparterie, c'est-à-dire pour la confection des nattes, tapis, cordes, corbeilles, chapeaux, etc, etc... enfin des chaussures légères, nommées dans la langue locale espartenhe et espartilhes.

L'espartilhe, qu'on dit espadrille par corruption, qu'elle nous soit venue d'Orient par le nord ou d'Espagne par les ports de la montagne, est très largement employée surtout dans la belle saison et on la fabrique dans le pays même.

Nous venons de dire qu'elle se nomme aussi espartenhe, Youga de l'espartenhe signifie danser ; en catalan on dit espartenya, en basque espartinak, en espagnol espartean (espartero est l'ouvrier en sparterie, vannier).

Dans un noël ancien, on lit :

Bèn, quito tas aoèlhos,
Moun coumpaire Guilhèm,
Pren-te tas espartélhos,
Béi-t-en à Bethleéem

Les espartilhes se font en quantité considérable dans le pays, le principal centre de fabrication est Mauléon-Licharre. Il y a une tendance marquée vers l'emploi des machines, mais le plus grand nombre se fait encore à la main. Les ouvriers, hommes, femmes et enfants, travaillent à domicile, souvent en plein air dans tout la Soule, en Béarn et ailleurs. Ils employent un outillage fort simple. le travail est divisé, les uns ne faisant que les semelles, d'autres les diverses garnitures ou les lacets. Un travail d'assemblage se fait à domicile ou en fabrique ; enfin les espartilhes s'entassent et se classent dans des magasins, d'où elles sont expédiées aux quatre coins de la France.

La semelle est en chanvre, mais le jute lui a succédé dans la fabrication de Mauléon ; ce jute vient des Indes par Bayonne ou par Bordeaux. L'empeigne est en grosse toile du Béarn. Le lacet, quelquefois en coton, est le plus souvent en laine.

Il y a actuellement une grande variété dans les espartilhes. Les plus simples et dont la façon est la plus archaïque qui nous viennent ici de l'Aragon. C'est une semelle fortement serrée, mais assez mince faite de corde ; elle se rattache au bas de la jambe par trois replis d'un large et épais ruban bleu foncé qui couvre le pied ; par derrière comme par devant il y a un liseré tissé, dans celui qui tient lieu de quartier s'enfile le cordon bleu qui repasse sur le cou-de-pied et s'enroule au-dessus de la cheville. La fabrication du pays basque comporte une semelle très épaisse faite d'une corde de jute habilement enroulée, cousue et serrée. On suit un modèle en vertu duquel la corde fait un plan 19 à 21 tours, dans la partie la plus large et 14 à 16 tours, vers le talon. Un rebord plus ou moins étendu sert à arrêter l'orteil et une bande de 4 à 6 centimètres cousue aux deux bouts produit le quartier. On en fait aussi qui ont un rebord de forte toile contournant toute la semelle, d'autres ont en plus une bande, sur le cou-de-pied, d'une pièce ou de deux qui sont liées par un cordon. On en fait en forme de pantoufles, etc. Toutes sont lacées d'un cordon de laine, de couleur vive, rouge ou bleu. Souvent on garnit le dessus des empeignes de broderies poluchromes figurant des ornements géométriques, des fleurettes, des emblêmes, une ancre, une lyre, les drapeaux français et russe réunis en faisceaux. Nous en avons vu dont la garniture agrémentée de rosettes et de pompons sont rouge cardinal.

Nous en venons à la chaussure en bois ; elle est fort ancienne. Notre mot sabot n'a pas d'origine un peu certaine, toutefois, on a voulu le dériver de sabaudia, Savoie. Mais le sabot ne paraît pas plus usité dans cette province que dans la nôtre.[...]

Le sabot ne va jamais sans sa garniture de cuir, ou l'un ne va pas sans l'autre.[...]

Lou naz del esclop est la pointe (le nez) du sabot. Toucou est le paquet de neige que la marche colle au sabot et que le nas doit servir à détacher. Il n'y a pas d'autre explication à donner à la pointe du sabot qui peut paraître exagérée à ceux qui n'ont pas eu à s'en servir.

Si nous analysons le sabot, nous y trouvons le bois sculpté en creux, la ferrure de la semelle et la garniture du dessus.

Le bois peut être comparé à un soulier qui protège la plante et le talon qui rehausse l'arrière de la chaussure ; il faut aussi considérer dans le sabot la forme de la pointe antérieure et celle des bords latéraux qui joignent l'empeigne au quartier. Le sabot est aussi comme un petit bateau ; on pourrait dire que le sabot droit est relevé de babord et le sabot gauche, de tribord, que le pont du sabot de la plaine est plat, celui de la montagne bombé, etc.

La ferrure se compose de clous et autre pièces métalliques ; elle est remarquable par la grosseur, la forme et la disposition de ces pièces.

La garniture comporte une empeigne en cuir, une bride et leurs décors.

Le bois est fait d'un billot de la moitié ou du quart d'un rondin pour éviter les fentes, on se sert à Bagnères de noyer pour les bonnes qualités., d'orme ou de hêtre pour l'ordinaire. Ailleurs, on emploie le bouleau, doux au pied, mais susceptible de pourrir à l'humidité, l'acacia qui est dur, le châtaignier jeune, etc.

Le sabotier dit et escloupé le façonne et le creuse sur un banc era escaloupère ; il a soin de marquer la différence naturelle entre le sabot droit et le sabot gauche, non seulement à cause de la différence symétrique des deux pieds mais encore à cause du frottement provoqué par la marche. Le bord extérieur est moins relevé que le bord intérieur. Dans les pays où le sol est fort mou ou abondant en neige, la semelle doit être arquée comme la carène d'un bateau, ailleurs il est presque plat ou garni d'un talon dont la position avance plus ou moins vers le milieu du pied. Ce n'est pas, en général, le goût individuel qui décide de la forme, c'est le besoin local, la nature du sol, le climat, la tradition. Le quartier est plus ou moins relevé par derrière selon la rusticité du pays ; découvrant le talon à Bagnères, rond dans la vallée, relevé et taillé en pointe élégante dans la montagne. Ici le dessus du bois est un simple rebord où se cloue la gansole, ailleurs il avance plus ou moins sur le cou-de-pied jusqu'à le couvrir entièrement, c'est alors un sabot tout en bois ; on peut le parer alors de hachures, de palmettes et autres décors ciselés. La pointe et nas, nazet peut être ronde et ras de l'empeigne, ou carrée, en bec de canard, relevée plus ou moins, ou ornée d'une pointe en fer (vallée d'Azun). La pointe du sabot droit sert à racler le dessous du sabot gauche et vice-versa ; la forme et la dimension de cette pointe est en relation avec l'abondance de la boue et de la neige ; de ces impedimenta de la marche dont on ne saurait trop vite se débarrasser.

A Bagnères, au coin des Coustous, est réservé au marché des sabots, les bois sont étalés à terre, on les vend au prix moyen d'un franc, s'ils sont garnis ils peuvent aller à trois francs ; tout à côté, sur un étal volant, on trouve les accessoires divers que nous allons passer en revue ; puis viennent les boutiques grandes ou petites où les chaussures exposées en vente sont prêtes à mettre et présentent au client, qui les esssaye, toutes les variétés qu'il peut désirer. Ces boutiques sont les sabateries.

La gansole empeigne est proprement une pièce triangulaire de cuir noirci (coè, coer), qui garnit le dessus de bois et se prolonge sur le pied pour le protéger. Gansoula c'est garnir le sabot de son cuir. La gansole, dans la partie qui recouvre le bois, peut être piquée de clous à tête ronde figurant une bordure à un ou deux rangs, des ornements géométriques ou des fleurons. La surface de l'empeigne sur le cou-de-pied est souvent marquée de lignes ou gauffrée. Il en est de triangulaires, c'est la forme la plus ordinaire, mais il y en a aussi en forme de bande plus ou moins large clouée aux deux extrémités. On en voit qui ont les deux, une empeigne fixe recouverte d'une bande mobile en cuir comme une bride, quelquefois fermée d'un cordon (ligue) ou d'un bouton ; rarement cette bande est en fer poli, large de 8 à 10 centimètres. Dans les pays de neige la gansole est fixée le plus bas possible au-dessous de la ligne de flottaison et bordée d'une bande étroite d'étain ou de fer-blanc, dentelée, ouvragée (bande d'esclop, tingle) et clouée de broquettes à tête de laiton, tachettes, escloupeyés. La délicatesse d'un pied de jeune fille réclame un bourrelet ou une partie de peau mince flottante au bord de la gansole.

Les clous sont indispensables pour assurer la marche, sans leur tête anguleuse qui mord le sol on s'exposerait à glisser et à perdre l'équilibre ; on les fixe solidement à la semelle et on les renforce quelquefois d'un petit fer à cheval posé l'ouverture en avant. Dans le temps, nous avons vu les dames faire mettre à leurs hauts talons un petit fer de ce genre, pour faire sonner leurs brodequins et pour paraître en talons dorés.

Les clous à sabot sont pareils quant à la tige, toujours courte et forte (à l'exception de certains très-gros destinés au talon ; ceux-ci sont repliés deux fois de manière à faire rentrer la pointe dans la bois, ce qui leur procure une grande fixité) ; ils diffèrent par la structure de la tête.

La tête à base carrée, de forme presque cubique est caractéristique du clau-ardoun, à Campan on les nomme pourrets. On en trouve de sept grosseurs. Les plus volumineux pèsent 50 gr ; de ce calibre on en met parfois un au talon et jamais plus. Le clau de boé prend souvent la place du clau-ardoun. La grosse tête ronde à pointe de diamant se nomme clabuche ou Cieutat du nom de la commune qui l'emploie de préférence. La tête angulaire à deux ailettes se dit clau d'ale ; la variété étroite avec base plane Aurelhelarie, à Bagnères on la nomme chapeau de gendarme. La tête à base carrée avec quatre ailettes cendrilhou. La tête àpointe de diamant et bords étalés lachos de talou ou taches roun. La tête ronde, lisse ou canelée tachou. la grande tête pour fixer la gansole clabets ou clauets ; les pointes, tachettes ou puntos. Un caubetou, cloutier, Peypouquet de Juillan nous a fourni une assortiment complet de ces clous.

On met au sabot huit clous au moins, posés en couronne ovale à espaces égaux ou en plus grand nombre serrés à l'avant et à l'arrière, sept à la pointe, quatre au talon. On les plante aussi en deux ou trois lignes dans le sens de la longueur du pied, rarement on en pave la semettte, où on cloue deux plaques de fer, une plus grande en avant du pied et une autre au talon.

Pour empêcher tout ballotement du pied et pour le tenir au chaud on met un peu de paille dans le sabot, cela se dit : soutra, soustra (soustre, litière), et empalha - esclops emplalhats, sabots garnis de paille.

Garroate, garrouta est la blessure que le sabot fait à la cheville quand on marche trop serré - garrao-s, s'entre-couper.

[...]Gavarnie, Aucun, Gripp ou Vielle-Aure on mieux gardé les formes anciennes de Lourdes, Bagnères ou Lannemezan. La pointe relevée et ferrée, ordinaire dans la montagne, s'abaisse vers la plaine.

Les sabots de villageois, qui se mettent par dessus la chaussure pour la préserver de la boue, se nomment galloches.

Les personnes qui sont accoutumées aux chaussures de cuir ont quelque peine à se faire au port des sabots, mais elles y peuvent parvenir, au point d'exciter l'admiration. E, l'an III, Duhamel faisait l'ascension du Pic du Midi de Bigorre en compagnie de Ramond. Il nous a laissé une rédaction où on lit : "Dans les ascensions de montagne le citoyen Ramond portait d'énormes sabots et se faisait remarquer par son adresse."

Choque est une ancienne chausssure de femme, patane une chaussure grossière, escarpiè au contraire la fine chaussure, l'escarpin, sabatou, un soulier ; sabatar, appliquer une semelle sur une serrure et l'y clouer, ce qui était une manière ancienne d'apposer les scellés.

En complément utile tenant de la chaussure, nous avons vu des jambières en peau de bique avec le poil en dehors ; liées sur le pantalon, elles tiennent chaud en hiver et protègent les jambes contre les ajoncs et les épines. Les faneuses portent, dans les vallées de Campan et d'Ossau, des jambières tricotées de laine blanche dont la partie inférieure, faite en grandes côtes, recouvre le pied, si elles ne la relèvent avec une grâce pittoresque. Elles s'enfilent comme un bas et tiennent sans jarretière tant elles sont épaisses. On les nomme Causses de gansoü. Les hommes ont l'équivalent dans les Causses de boular ; en vieux français on disait des gamaches.

Causse est proprement une grande guêtre en drap épais du pays, sans sous-pied, fermée de douze boutons sur le côté extérieur. Il est curieux d'observer que du mot ancien bas-de-chausse, le français du nord a pris le commencement et dis le bas, tandis que le français du midi a pris la fin et dit causses.

La guêtre toujours en grosse laine à cinq ou huit boutons se dit guetrous.

Peu à peu, l'usage des bas se répand parmi les femmes, on les nomme causses, caussilhes, baix. Ils ne montent pas plus haut que les genoux et sont en laine du pays, de la couleur de la bête, soit blanc, soit brun. On voit aussi quelques bas de laine rouge-vif. Le bas est tricoté en marchant, le fardeau sur la tête, par les femmes de la vallée, les bergers l'œil sur le troupeau tricotent aussi.

Enfin la jarretière qui s'attache toujours chez la paysanne au-dessous du genou, en bigourdan camaligue, lien de la jambe (de cama, jambe) ; descamaligua, ôter la jarretière. La jarretière a la forme de la ténie des anciens, une partie large de 40 à 60 centimètres de long, terminé aux deux bouts par un cordonnet de 15 centimètres, cette forme ancienne disparaît devant les rubans garnis de caoutchouc ; mais on peut encore en trouver à la frontière, de plus ou moins riches, brodées à rayes, à fleurettes, à emblêmes, devises, même à inscriptions sentimentales ou dévotes, venant d'Espagne.

La jarretière de la mariée, un simple ruban de soie blanche que se partagent les jeunes gens, a été quelquefois d'une élégance enviée, en satin blanc avec attributs et fleurs au passé et point de chaînette.[...]

paysans en sabot



Ch. L. Frossard



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Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
En cournè det houéc
Journal des cours d'adultes
du département des Hautes-Pyrénées
Édité par la Société bigourdane d'entr'aide pédagogique
Auteur du texte - 1936.






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© Marie-Pierre MANET







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