Les grottes de Gargas
Au pays de Bigorre
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[1]Aux confins de la Haute-Garonne et des Hautes-Pyrénées, près du confluent de la Neste et de la Garonne, s'ouvrent les Grottes de Gargas, à mi-flanc d'un des mamelons insignifiants qui constituent les premiers contreforts des Pyrénées Centrales.

Elles complètent la collection des habitats préhistoriques de cette chaîne, entre les grottes ornées de Labastide et de Montespan.

L'entrée de la caverne se trouve à une altitude de 530 m., tandis que la sortie s'effectue à 555m., après un parcours de 400 m. dans de vastes salles souterraines. Sous leurs voûtes majestueuses dans l'architecture délicate d'un décor richement coloré, nous voici soudain en présence des premières manifestations de l'art et des vestiges de touchants sacrifices " les mains-fantômes de Gargas ".

Vers 1865, Garrigou et de Chastaigner commencent des fouilles dans ces cavernes qui, dès 1880, livrent un vaste champs d'études à M. Félix Regnault et aux premiers archéologues. Successivement M. l'abbé Breuil et Émile Cartailhac, Marcelin Boule, E.-A Martel consacrent de nombreuses séances à l'obsservation des phénomènes géologiques, des fossiles et des traces de vie recelés par les Grottes de Gargas.

Sur le fond oriental d'une pagole, stalactides et stalagmites se réunissent en élégantes colonnes de 5 et 6 m. de haut. Partout des coulées de lave ocre ou brune, des cascades écumantes pétrifiées encadrent des panneaux artistement fouillés par le suintement plus inégal de l'eau et répétant à intervalles réguliers le même ruissement de cristallisations. Puis l'étrange plafond, bas et plat, est soudain remplacé dans la partie supérieure des Grottes par une voûte hérissée de stalactites et de concrétions sonores. Sous de hautes cheminées, les eaux torrentielles qui traversaient périodiquement la grotte ont déposé des limons argileux sur les replis transversaux qu'elles ont creusé dans leur calcaire.

Les ossements d'ours ont abondé dans cette argile qui les enveloppait, les protégeant du contact de l'air. Des squelettes entiers d'ursus spelœus ont pu être reconstitués, et il est à remarquer que ces animaux s'étaient enfoncés profondément dans les Grottes, car de nombreuses griffades labourant la roche prouvent leurs tentatives d'escalade et leurs glissades. leur taille devait être impressionnante à en juger par leur ossature. Leurs canines atteignent 10 à 12 cm., leur longueur totale, 2m. 50 et 3m.

À l'époque des grandes glaciations, les ours des cavernes n'émigrèrent pas. Aussi mourrurent-ils en grand nombre, tandis que les survivants furent atteints par une maladie de dégénérescence due à l'humidité des cavernes où ils s'étaient réfugiés pour échapper au froid. Les grottes pyrénéennes ont fourni au Muséum d'histoire naturelle de Toulouse des ossements déformés et ravagés par les étapes successives des lésions.

D'autres fauves semblent s'être disputé avec eux la possession de la caverne.

Ce sont des hyènes sont la France ne possède actuellement que deux squelettes provenant tous deux des fameuses " oubliettes " de Gargas. Vers 1880, M. Félix Regnault découvrit ces ossements au fond du puits vertical qui s'ouvre comme une trappe à la surface du sol. Grâce à son appareil digestif spécial, la hyène des cavernes assimilait les os, et sa voracité explique la rareté des squeletttes retrouvés complets et l'absence même des fossiles de ce carnassier en dehors de ceux de Gargas. La répugance de l'homme pour ce fauve s'explique d'ailleurs par les rares représentations qu'il en a faites.

Le bison et le renne ne fréquentaient pas les cavernes. On put cependant recueillir une tête de bos primigenius et plusieurs os de renne dans les foyers de l'homme primitif. Ces fossiles n'y furent retrouvés que parce que l'homme ou les carnassiers les y avaient apportés.

Ces hommes primitifs furent surtout des Aurignaciens dont les nombreux foyers ont été retrouvés : amalgame de cendres pétrifiées, d'outils en silex et en os et d'ossements fendus et brisés d'animaux. Leurs premières œuvres d'art, gravées sur la roche, sont, bien que naïves et inhabiles, d'une saisissante vérité. Témoin, cette tête de renne gravée sur une paroi de Gargas.

Mais les vestiges les plus émouvants sont les empreintes de mains mutilées qui sont recélées par ces mêmes parois.

La raison de ces mutilations ne peut être établie d'une façon certaine. Il est probable malgré tout que se soit celle donnée par Norbert Castéret dans son ouvrage Dix ans sous terre. Ces amputations de phalanges, pratiquées encore de nos jours par certaines peuplades sauvages, en signe de deuil, devaient être également chez les Auragnaciens la commémoration d'un événement malheureux. Les empreintes de Gargas sont négatives, la main était appliquée sur le rocher, la couleur rouge ou noire étendue tout autour.

Ces peintures étaient obtenues à l'aide de minerais naturels qui abondent dans les grottes : l'oxyde de fer pour les tons ocres et rouges, le peroxyde de manganèse pour les teintes noires ou bistres.

Cette théorie des phalanges mutilées fut cependant contestée par certains savants qui émirent l'hypothèse que ces empreintes pouvaient être obtenues par le repliage des doigts. Ceux qui ont vu la netteté du contours des phalanges et de la paume reconnaissent pratiquement impossible d'opérer avec un ou plusieurs doigts repliés.

Ci-dessous, quelques-unes des " mutilations " le plus fréquemment retrouvées à Gargas :

Dessins et empreintes sont confectionnés dans les parties les plus retirées des Grottes. Comment donc ces peuples primitifs arrivaient-ils non seulement à se diriger mais encore à travailler dans les ténèbres ? Les pierres creuses trouvées aux Eysies n'auraient-elles pas constitué, comme on l'a supposé, des récipients à graisse animale dans laquelle ils allumaient une mèche en mousse tordue ? Éclaiarage rudimentaire, il est vrai, mais suffisant pour des yeux adaptés déjà à l'obscurité.

À une époque moins lointaine, ces cavernes paraissent avoir servi de refuge, peut-être aussi de prison, aux chrétiens de l'époque gallo-romaine. De nombreuses inscriptions latines viennent, en effet, s'y ajouter aux préhistoriques traces de vie.

Ces domaines souterrains sont riches, bien entendu, en récits fabuleux. La véracité de quelques-uns peut du moins être contrôlée. Ainsi, à la fin du XVIIIe siècle, Gargas était encore le repaire du célèbre Blaise Fenage que ses exploits mémorables firent en fin de compte exécuter à Toulouse.

En avril dernier, une partie des Grottes supérieures n'ayant jamais été explorée complètement, M. Casteret s'y engagea en compagnie de M. Suffran, directeur actuel de Gargas.

Ils se trouvèrent soudain devant une galerie qui les conduisit dans une salle au sol jonché de crânes d'ours. En creusant dans l'argile, ils dégagèrent encore des ossements fossilisés. D'autres étaient englobés dans une gangue de carbonate de chaux.

Puis un couloir rampant d'une soixante de mètres les amena dans la salle dite Castéret. Sur la gauche, un couloir découvrit à leur vue des stalactites extraordinaires prenant des formes et des directions étonnantes : les excentriques, affranchies des lois de la pesanteur, et dont la formation demeure encore mystérieuse.

Des travaux d'eménagment doivent être exécutés pour en faciliter l'accès et permettre aux visiteurs l'exploration des richesses géologiques de ces nouvelles découvertes.





Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
En cournè det houéc ;
Journal des cours d'adultes du département des Hautes-Pyrénées
Société d'entraide pédagogique - Bagnères - 1937.



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© Marie-Pierre MANET








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