Des loups dans la forêt en 1778.
Discours d'un maire
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Nous sommes en l'an 1778. Tout paraît tranquille dans la ville... qui se dore aux derniers rayons du soleil de novembre. Cependant dans les maisons plane une lourde inquiétude. Le six du mois, le Conseil général de la Communauté est réuni dans l'Hôtel de Ville... L'assemblée est nombreuse : notables, artisans, laboureurs et même brassiers. Il s'agit d'une affaire importante.

Mais écoutons le discours de Monsieur le Maire. [1]
(Orthographe respectée)

" Messieurs, vous n'ignorez pas, sans doute qu'à la suite des fléaux de l'épisootie, perte de nos récoltes par la grêle et autres intempéries des saisons, il nous en reste encore un à combattre, qui n'est pas moins sensible et dangereux et c'est la multitude des loups acharnés ou enragés qui se sont répandus dans la forêt de cette ville et autres circonvoisines que je me suis proposé de vous parler aujourd'hui, pour abvier aux malheurs qui viennent d'arriver nonobstant la vigilance que messire de Papus aîné, a apporté pour la chasse et qu'il a été assez heureux d'en tuer six depuis le premier novembre en sacrifiant à cette chasse ses chiens qui y donnaient vigoureusement et qui par ces animaux ont été tués. Il a eu le malheur tout comme nous de voir le carnage que ces animaux viennent de faire non seulement sur les bestiaux mais encore sur le peuple, puisque nous n'ignorons pas, Messieurs, tout comme vous, que le trente octobre dernier un enfant d'environ dix ans a été dévoré dans la forêt, que le sieur Ugène Castaing, quoique vigoureux et armé d'une fourche et d'une cognée, ayant été attaqué par un de ces animaux n'a pu s'en garantir qu'en se voyant une main dévorée par les morsures de cet animal, qui lui enleva des mains la cognée de laquelle il était armé et mis en poudre le manche par les fréquentes morsures qu'il y donna ; que le nommé Guillaume Gilibert, forgeron, ayant le trois courant rencontré une louve qui se rua sur lui et après s'être débattu avec elle pendant un temps considérable, a eu à la fois les bras et les mains dévorés et une morsure considérable au ventre, et aurait été totalement dévoré si certaines personnes n'y eusent accouru d'après les cris qu'il faisait ; que pareillement le même jour, Jacque Nabonne, laboureur de cette ville quoique armé d'un pistolet ne put se défendre de cet animal qu'en se voyant dévorer une main et que pareillement Bernarde et Benjamine (?) Lahille, sœurs, pauvres, de cette paroisse eurent le même jour leurs bras et mains dévorés et les os desdits mordus par ce même animal qui aurait sans contredit continuer le carnage si ledit sieur de Papus n'eut promptement accouru à leur secours en s'exposant lui-même, à un pareil malheur, qu'il arrêta en tuant l'animal de deux coups de fusil, qu'on croit d'ailleurs être enragé, avec d'autant plus de raison que le sieur de Papus ayant été prié par madame la marquis de Lastronques de lui procurer la matrice d'une louve pour certains remèdes la fit éventrer, et chargea le sieur Capistrous, chirurgien de cette ville de tirer la matrice susdite du corps de cet animal, auquel il trouva les intestins totalement vides d'aliments et d'excréments, et par les hurlements effroyables que ces animaux font dans les forêts, s'entrebattant et déchirant entre eux, ce qui paraît par les poils arrachés et les pièces de chair qu'ils se sont enlevées entre eux. D'ò les gens connaisseurs concluent que ces animaux ou une bonne partie d'entre eux sont enragés. Et parce qu'il ne saurait être assez promptement donné remède à un si grand mal et attendu que cette ville est d'ailleurs un lieu de commerce et que le peuple des environs aboutissant dans cette facheuse circonstance, Messieurs, il nous semble que le plus court expédient serait de prier Messire de Papus de vouloir continuer de faire la chasse desdits loups, et attendu que ses chiens qui y donnaieent lui ont été tués et dévorés, de le prier lui même, et même au nom de la Communauté s'il le trouve bon, les seigneurs des environs de lui prêter les chiens qu'ils ont ou qu'ils peuvent avoir, propres à cette chasse, et d'autre côté, attendue la bonté paternelle du plus cher des Rois, vu les circonstances, de présenter une requête à Mrg l'Intendant, pour supplier sa Majesté, au nom de la Communauté d'envoyer au dit sieur de Papus des chiens de sa venerie, afin qu'il puisse parvenir à détruire un ennemi si fatal (et parvenir) la destruction de ses fidèles et dévoués sujets.

Et encore le sieur maire a dit qu'il serait utile de présenter une requête au Srg Intendant. Maréchal duc de Mouchy, commandant la Province pour lui exposer qu'en conséquence de ses précédents arrêts, les habitants de cette ville, et notamment ceux de la campagne ont remis leurs armes à feu, en déférant à ses semonses, et le supplier d'avoir pour agréable d'en tenir chez eux et de les porter tant pour la garde de leurs personnes que pour la conservation de leurs bestiaux, autres néanmoisns que ceux qui pourraient être supputés d'en faire mauvais usage sauf audit Stf Maréchal duc de Monchy d'infliger à ceux qui pourraient en abuser telles amendes qu'il jugera...

Sur qui, il est délibéré... "

La délibération approuve à l'unanimité des présents discours de M. le Maire.





Notes

[1] Source : gallica.bnf.fr
Revue de Comminges - 1885
Sociétés des études du Comminges. Société Julien Sacaze.



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© Marie-Pierre MANET







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