Réfugiés espagnols à Tarbes
De 1813 à 1815
.[1]



(Par le Professeur Demerson)




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(D'après le rapport de police conservé aux archives des Hautes-Pyrénées)


Les quatre premières années de la guerre d'Espagne n'amenèrent dans les Hautes-Pyrénées que peu d'Espagnols. Il en fut tout autrement lorsque les Armées napoléoniennes essuyèrent leurs premiers revers sérieux. Alors, des Espagnols, de toutes classes, se mirent à refluer, nombreux dans le Sud de la France, devançant ou accompagnant les troupes impériales. Tous, soit conviction, soit intérêt, avaient lié leur sort à celui de Sa Majesté catholique, Joseph Ier ; ils formaient ce groupe des "afrancesados" trop compromis pour demeurer en Espagne. Les plus huppés arrivèrent d'abord dans les Hautes-Pyrénées dès 1813. cette première émigration, bien pourvue en général, va aux eaux de Bagnères et mène une vie de touristes. Les autorités locales se bornent à les surveiller. Quelques autres, une minorité, ne pouvant vivre de leurs rentes, sont autorisés à exercer dans certaines conditions bien déterminées, leur métier ou leur profession (de pharmacien, de professeur, par exemple).

Mais les réfugiés ordinaires, arrivés en deuxième vague, posent un problème plus délicat. L'émigration prend une grande ampleur et le Gouvernement fixe (par une formule bien précise) leur résidence dans les "villes situées à gauche de la Garonne". Tarbes ne compte point alors d'émigrés espagnols d'après les rapports du Préfet des Hautes-Pyrénées et du Préfet de police de ce département. L'année 1814 sera donc, pour le problème qui nous intéresse, une année creuse. Mais, le 9 décembre, pourtant, la question des réfugiés espagnols revient à l'ordre du jour : une décision du Ministre de la Guerre (Goucion Saint-Cyr) précise qu'il va être établi un dépôt de réfugiés espagnols à Tarbes. Nous pouvons suivre, d'après le rapport du Chef de ce dépôt, le développement numérique de cette nouvelle institution, établie dans les casernes, "en face de la Sède", avec une louable célérité ; le 20 février 1815 on y dénombre déjà 54 "individus", et le 18 avril 148.

L'importance croissante prise par ce dépôt inquiéte les autorités. Déjà, le 16 mars, le Maire signale au Préfet que les locaux vont devenir insuffisants (il n'y a pourtant que 116 individus) et il s'inquiéte de l'accroissement continu des dépenses occasionnées (surtout en fournitures de chandelles, affirme-t-il gravement). Il est difficile de se faire une idée de la vie quotidienne dans ce dépôt ; il semble que cette colonie turbulente trouble la quiétude de ses voisins, puisque des plaintes sont adressées au Préfet ; les maisons voisines, disent les mécontents, sont incommodées par l'odeur fétide que ce bâtiment répand depuis qu'il est habité par des Espagnols et l'on demande d'y exécuter des fumigations. Cependant, le secrétaire du Maire qui se rend sur les lieux ne trouve rien à redire quant à l'hygiène et la tenue des casernes. Les réfugiés, eux semblent satisfaits : pas de plainte, pas de pétition. Le seul document des Archives où il soit question d'eux est une adresse au Préfet, lors du retour de l'Aigle, dans laquelle ils manifestent leur attachement à Napoléon : ils expriment "l'allégresse que leur cause la prodigieuse restauration de l'Empereur". Car ce sont tous des Espagnols "qui ont eu l'honneur de militer sous les drapeaux du Grand Empereur."

Dès lors, les vicissitudes de ces "otages volontaires" sont multiples. Les documents trop rares qui nous restent ne nous permettent pas de reconstituer l'histoire de ce dépôt pour la période suivante : il fut dissous par ordre supérieur, dirigé et versé dans celui d'Auch, "avec toutes les pièces comptables" sans nul doute dès le rétablissement du gouvernement de Napoléon ; le 3 août 1815, le Préfet pouvait affirmer : "Il n'y a plus dans les Pyrénées un seul espagnol réfugié." Pas pour longtemps, car dès le 4 septembre 1815, nous avons, par une pétition individuelle, la preuve de la reconstitution du dépôt de Tarbes ; cependant, le Commandant du Camp a changé et il est fort probable que d'autres différences distinguaient ce deuxième "camp de personnes déplacées" de celui qui l'avait précédé.

Occupait-il le même local, combien de réfugiés y furent-ils hébergés, quand fut-il définitivement dissous ? Les Archives du Gers permettront peut-être de répondre un jour à ces questions que les Archives des Hautes-Pyrénées nous permettent seulement de poser

Professeur Demerson






Notes

[1] Source : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France.
Bulletin de la Société académique des Hautes-Pyrénées
Société académique des Hautes-Pyrénées - 1913.


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Chacun peut apporter son aide concernant les immigrations en Bigorre.
© Marie-Pierre MANET







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