L'Arsenal de Tarbes
Hautes-Pyrénées
département 65
.



(Par M. DARMAGNAC)[1].



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[1] De 1796 à 1799, une fonderie de canons fut édifiée à Tarbes, mais en 1871, il fut installé dans des anciens magasins de tabacs, un atelier pour la fabrication des canons à balles et divers autres canons. Le lieutenant-colonel Verchère de Reffye en assura la direction. De 1880 à 1914, l'arsenal se développa par la fabrication de munitions et de canons de tous calibres. Au cours de la guerre 1914-18, il amplifia sa production, puis de 1919 à 1939 de nouveaux ateliers furent créés donnant une grande importance à l'arsenal par des divers constructions et ses ateliers de réparations. Depuis la libération, l'arsenal continue à mener de front les fabrications d'armement et les fabrications civiles. Il représente un potentiel matériel et humain très important au service de la Défense Nationale et de l'économie du pays.

Le Lieutenant-Colonel Verchère de Reffye est un ancien officier d'ordonnance de Napoléon III, il avait dirigé les ateliers de Meudon où se construisaient ces canons dont il était l'inventeur. Le siège de Paris par les Allemands l'avait obligé à abandonner Meudon et à transporter son matériel à Indret, près de Nantes. Les armées de la Loire s'étant, à leur tour, effondrées, il dut, de nouveau, évacuer les lieux. Les bâtiments industriels de diverses villes, éloignées du danger, où il pourrait se fixer, furent inspectés, et Tarbes fut retenu.

Dans cette ville arrivaient, le 2 février 1871, une centaine d'ouvriers, accompagnés de leur famille, et 37 wagons de matériel. C'étaient les premiers éléments constitutifs du futur Arsenal de Tarbes.


La sortie de l'Arsenal.

Le démarrage fut assez difficile, mais le colonel de Reffye ayant terminé son étude sur le canon de 7, des essais étaient effectués à Trouville, en présence de M. Thiers, Président de la République ; ils se révélèrent satisfaisants et l'Atelier de Construction de l'Artillerie de Tarbes - ce fut le 21 août 1972 qu'il prit ce nouveau nom - était alors chargé de sa fabrication.

Reffye est satisfait. Du personnel est embauché. Assuré qu'il travaille dorénavant dans un établissement fixé, probablement définitivement, à Tarbes, il se préoccupe de développer ses moyens de production par la construction de nouveaux bâtiments, ce qui rend nécessaire l'acquisition de terrains voisins. Bientôt, ce ne fut pas une superficie de 13.882 m² qu'occupa l'Arsenal mais bien 23 hectares. Le personnel, qui ne comprenait que 200 hommes et 100 femmes environ en 1872, passait, fin 1874, à 1.641 ouvriers et 482 femmes, répartis en 15 ateliers ou services.

Les fabrications avaient pris une grande extension :

- Canons à balles y compris leurs munitions ;
- Matériels de 5, de 7, de 138 ;
- Canons de 95, 90, 120 ;
- Affûts pour canons et pour mortiers de 200 mm ;
- Étuis et balles pour fusils.

Mais ce rythme de production ne fut pas constamment maintenu ; aussi l'effectif subit-il des fluctations selon la réduction ou l'augmentation des commandes, comme le prouvent les chiffres suivants :

1.620 ouvriers en 1878 ; 950 en 1880 ; 1.160 en 1901 ; 1.496 en 1903 ; 2.200 en 1912.


Les ouvriers à la sortie de l'Arsenal au niveau de la voie ferrée route de Vic.

La guerre de 1914-1918 vit l'activité de l'établissement poussée au maximum. L'effectif de 2.437 personnes, au 1er août 1914, passait à 5.500 environ un mois plus tard et devait atteindre 16.000 ouvriers et ouvrières, en 1918.

Il va de soi que les fabrications de matériel d'artillerie et de munitions furent réalisées pendant les hostilités à une cadence des plus élevée par un travail ininterrompu, de jour et de nuit, dimanches, jours fériés et permissions étant supprimés.

Voici quelques productions journalières moyennes :

- 3,1 canons de 120 L Mle 1878.
- 7 canons de 155 C, 10 culasses et 1.100 obus de ce calibre ;
- 10 canons de 75, chambrés et rayés ;
- 18 affûts de mitrailleuses ;
- 40 tonnes de pièces de forge ;
- 6 tonnes de pièce de fonte ;
- 660.000 balles, 27.000 fusées diverses, etc ;

Après la première guerre mondiale, le régime de rendement ralentit sérieusement, durant les quelques années qui suivirent l'armistice, et le nombre d'ouvriers fut réduit à 1.500.

Néanmoins, progressivement, de 1923 à 1932, la situation ira en s'améliorant : aux fabrications de guerres, limitées certes, s'ajoutèrent "des fabrications de paix" : machines-outils, pièces diverses pour la compagnie de chemins de fer, machines à hacher le tabac système Belot, des lits, des buffets, petit outillage mécanique, etc...

Des terrains sont acquis, à l'amiable ou par expropriation, portant la superficie occupée par l'Arsenal à 66 hectares. Vers 1930, le développement de l'Établissement reprend par la construction de nouveaux bâtiments.

En 1933, devant la montée de l'hitlérisme, où l'on pouvait voir une menace pour la paix, est remise en train la fabrication de pièces d'artillerie : confection de mortiers Brandt et Stokes, de canons de 75, de matériel de forteresse pour la ligne Maginot, de canons antichars, de munitions pour l'Infanterie et l'aviation.

Le personnel passera de 1.700 ouvriers et ouvirères en 1931 à 2.300 en avril 1939.


La sortie de l'Arsenal et le défilé des amannites.

Dès la mobilisation du 3 septembre 1939, l'activité s'accroît très rapidement ; l'arsenal est chargé d'intensifier les commandes de matériel d'artillerie déjà en cours ; canons à longue portée, de défense contre avions, artillerie lourde, affûts-trépieds complets, rallonges de tir vertical, transformation de bouches à feu de 340 à 370 , obus, cartouches, balles, fusées, mines anti-chars...

Pour satisfaire aux exisgences d'une telle production, une main-d'œuvre nombreuse est indispensable ; on comptait 5579 ouvriers au 1er octobre, 7.625 en décembre 1939, 8.866 en janvier 1940 et 12.127 en juin.

Tous les services avaient un besoin urgent de machines-outils, aussi, à partir de février 1940, 300 machines diverses sont attribuées à l'Établissement.

Mais l'Armistice stoppe l'activité de l'Arsenal. Les fabrications militaires sont limitées à la confection de munitions pour l'armée d'Armistice. Des commandes civiles sont entreprises : gazogènes Panhard, tours Sculfort, matériel de forage, meubles pour le Génie.

Le 11 novembre 1942, l'armée allemande occupe Tarbes. Deux jours plus tard, la Pyrotechnie et les Poudrières sont placées sous la surveillance d'un détachement militaire. Bientôt l'Établissement est pris en charge par la firme Henschel und Sohn de Cassel et doit fabriquer du matériel de guerre pour les occupants. Mais le rendement escompté n'est pas atteint : grèves partielles, sabotages ralentissent la production. Certaines commandes n'ont même jamais été exécutées.

Le 18 août 1944, le personnel, excédé par les actes autoritaires, les exactions abusives des maîtres de l'heure, chassait la garde allemande.

Un comité de libération prenait la direction de l'Établissement et s'employait immédiatement à relancer l'activité de l'Arsenal.

Des commandes d'armement, d'abord assez limitées, et des commandes civiles, progressivement de plus en plus nombreuses, étaient exécutées.

La fabrication des matériels d'artillerie fut la plus élevée lors des années 1952 à 1958, époque pendant laquelle des canons de 90 P. Mle45, des obusiers de 155, des munitions d'infanterie et d'artillerie assurèrent le plein emploi du personnel.

Les commandes civiles étaient poursuivies : tours Sculfort, tours MO1 et MO2 pour camions-ateliers, machines à fileter Cri-Dan, tracteurs à chenilles "Continental", matériels de forage divers.

L'arbre porte-hélice du paquebot "France" d'une longueur de 20 mètres, d'un poids de 80 tonnes pouvait être usiné à l'Arsenal, qui disposait de machines de dimensions appropriées.

Pendant ces dix dernières années, de 1960 à 1970, les plus importantes fabrications de l'A.T.S ont été les suivantes : rampes de lancement de l'engin sol-air Hawk, fusées-sondes Véronique, radars Aquitaine et Marine, deuxième étage du lance-satellite Eldo, réacteurs nucléaires, moteur Valois, pièces et ensemble pour Caravelle, tourelles du char AMX 30 tonnes, vedettes de pontage Anjou, machines-outils à commande numérique.

L'Arsenal de Tarbes a participé au lancement avec succès à Kourou, en Guyane, le 10 mars 1970, de Diamant B.

Les réalisations sociales n'ont pas, pour autant, été négligées. Le personnel dispose d'un service médical, d'un cabinet dentaire, d'un dispensaire de consultation, d'un comité d'hygiène et de sécurité, d'un service social, d'une caisse de solidarité.

Son École de Formation Technique occupe tout un bâtiment où sont implantées de nombreuses machines, permettant une formation pratique, adaptée aux techniques modernes ; des moniteurs d'ateliers, des professeurs d'enseignement général instruisent, dirigent, conseillent les apprentis où l'Établissement recrute une main-d'œuvre de qualité. Les meilleurs élèves peuvent accéder, par concours, aux Écoles Techniques Supérieures qui forment les ingénieurs des travaux d'armement.

Les activités sportives y sont également pratiquées, nautisme, classes de neige, indépendamment de l'éducation physique à laquelle sont consacrées plusieurs séances hebdomadaires.

Disposant de 220.000 m² de surface industrielle sur une superficie totale de 90 hectares, de 3.000 machines-outils, d'un effectif de 2.900 personnes environ, l'Atelier de Construction de Tarbes est assurément l'un des plus importants établissements du Sud-Ouest. Son équipement moderne, ses possibilités de production lui permettant ses activités civiles ou militaires, armement, recherches spatiales et nucléaires, en font un des principaux arsenaux travaillant pour la Défense National.

M. DARMAGNAC.






Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bulletin de la Société Académique
des Hautes-Pyrénées
Société Académique
des Hautes-Pyrénées - 1913


[Commune de Tarbes]
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[Sommaire]



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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
département 65.
© Marie-Pierre MANET








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