Michel PY
Chasseur d'ours
Figure bigourdane
(1744 - 1831)
.
[1]



(D'après A. Fourcade - Album pittoresque des Pyrénées)



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[1]Sans doute, avez-vous lu, naguère, dans votre journal, ce fait-divers bigourdan peu banal :

" Le 12 avril dernier, M. Pantet fils, remontant le Marcadau, chargé de provisions et accompagné d'un de ses amis, se trouvait brusquement dans le dernier couloir de l'escalade de la Pourtère, en présence d'un ours de forte taille, qui descendait le sentier et s'arrêtait à sa vue à une dizaine de mètres de lui ; après un très court instant de réflexion, la bête fit demi-tour et s'enfuit vers la sapinière voisine, cependant que les deux voyageurs se remettaient vite d'une émotion bien compréhensible.

" Le dernier ours avait été tué à Cauterets, il y a environ trente ans., entre Lesey et le Viscos. Celui-ci a dû probablement être chassé d'Espagne par les mouvements et les bruits anormaux qui ont troublé des dernières semaines les hautes vallées aragonaises.

" Une battue sera sans doute organisée avant que les troupeaux ne gagnent les pâturages d'été, mais peut-être a-t-elle déjà regagné ses anciens habitats."

Ce fait-divers nous remet en mémoire le nom d'un fameux chasseur d'ours, Michel Py, de Cauterets précisément, lequel chasseur d'ours était, voici un siècle, remommé jusqu'en la Cour de France, et que, dans son Album pittoresque et historique des Pyrénées, un certain A.Fourcade parlait de sa silhouette de la sorte :

" Les montagnards sont naturellement intrépides ; ils se font un jeu des périls les plus redoutables. Franchir les rocs les plus escarpés, grimper aux cimes les plus sourcilleuses, traverser les glaciers les plus glissants, c'est, pour beaucoup d'entre eux, une affaire de chaque jour. Les ours rencontrent en eux des ennemis formidables : ces animaux se trouvaient naguère en assez grand nombre aux environs de Cauterets, ils n'ont pas encore absolument disparu.

" Parmi les chasseurs d'ours de l'endroit, il y en avait un qui se distinguait entre tous par sa force, son adresse et son courage, il se nommait Michel Py.

" Dans la saison des eaux, lorsqu'on allait le voir dans sa cabane et qu'on lui disait : " Michel, auriez-vous une peau d'ours à vendre ? " s'il était pris au dépourvu, vous auriez eu beau revenir le lendemain, vous ne l'auriez pas trouvé. Longtemps avant l'aube, il était debout, la gourde au dos, les " espardègnes " aux pieds et le fusil à la main : longtemps avant l'aube, il gravissait le sentier du Maouhourat et la cascade de Cérizet ; au point du jour, il avait franchi le Mont Hourmigas : Michel allait faire sa promenade vers le glacier du Vignemale. Les isards, cette fois, n'avaient rien à craindre ; mais s'il voyait les vestiges de quatre grosses pattes aux ongles puissants et crochus imprimés sur la neige, alors Michel devenait tout joyeux ; il éprouvait autant de charme à l'aspect de ces traces menaçantes, que Robinson à la vue des pas humains imprimés sur le sable de son île. Tout émerveillé de sa bonne aventure, il se disait : " Mon camarade n'est pas loin. " Michel ne se trompait pas : son camarade nétait pas, en effet, bien éloigné. Il ne tardait pas à remarquer, à quelque distance devant lui, un animal au long museau, à la robe fauve et velue, au grognement sourd : c'était le gros Martin, monarque de ces solitudes, qui reposait paisiblement à l'entrée de sa tanière. Sans rien perdre de son sang-froid, car le montagnard sait allier la prudence au courage, le chasseur s'avançait avec précausion ; et bientôt le pauvre Martin roulait à terre, frappé au cœur et rugissant de rage.

" Michel ajustait bien ordinairement ; il avait le coup d'œil perçant et la main sûre. Il n'abandonnait le combat que lorsque son ennemi gisait sur l'herbe ou sur la glace, sans défense, sanglant, immobile ; alors il remettait son fusil sur le bras, il s'emparait de la prise et rentrait en triomphe à Cauterets.

" Il advint une fois que les coups de fusil tirés à l'ours ne le blessèrent pas grièvement. L'animal irrité s'élance en grondant et, en quelques bonds, se trouve debout devant le chasseur. Alors commence un combat affreux, un duel à mort entre les deux athlètes. Ils se prennent corps à corps. L'ours avait ensanglanté déjà le pauvre Michel ; ses griffes et ses dents avaient rudement labouré sa poitrine ; mais cette poitrine était d'une trempe dure. Michel ne se déconcerte point. Il avait toujours soin de se munir d'un coutelas large et tranchant ; d'une main il se débat avec l'ours, de l'autre il parvient à saisir son poignard ; il le plonge tout entier dans la gorge de l'animal et l'étend raide mort à ses pieds.

" Cet homme extraordinaire était pensionné du gouvernement en qualité de chasseurs d'ours. Il avait tué une trentaine de ces animaux.

" Il est mort en 1831, à l'âge de quatre-vingt-sept-ans. "

A. Fourcade





Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
En cournè det houéc ;
Journal des cours d'adultes du département des Hautes-Pyrénées
Société d'entraide pédagogique - Bagnères - 1937.



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© Marie-Pierre MANET








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