La monographie locale

de Vidouze.
De R.ANCELY

(© ADHP - A 303)


(Monographie offerte par M. Alain Eymard)




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DES ORIGINES A LA RÉVOLUTION DE 1789

L'historien est souvent embarrassé quand il recherche la vérité et la précision de sa documentation. Les guerres du Moyen-Âge, les incendies de dépôts d'archives privées ou publiques, l'obligent à se borner et à ne donner souvent que des textes imparfaits qui ne se relient pas entr'eux. Ces difficultés s'aggravent lorsqu'on veut étudier les petites seigneuries locales, vestiges et survivances de l'époque médiévale. Cette première partie de l'histoire de Vidouze qui commence au XI e siècle ne peut donc poursuivre qu'un but modeste et établir simplement avec objectivité le résultat de recherches recueillies à des sources authentiques.


A - Essai sur les seigneurs de Vidouze :

Comme nous l'avons déjà exposé, Vidouze et une commune du canton de Maubourguet, sise dans les Hautes-Pyrénées. Géographiquement, elle appartient au pays dit de "Rivière-Basse", c'est à dire, de la vallée inférieure de l'Adour ; en effet, le ruisseau du Louet, qui la traverse au levant, va se jeter dans ce fleuve aux abords de Castelnau.

Dans un des plus anciens documents sur cette région (Enquête sur la Bigorre de l'année 1300 publiée par C. BALENCIE, Paris, Champion 1844), la terre et baylie de Rivière comprenaient à cette époque le bourg de Maubourguet, Castelnau-Rivière-Basse, le Château de Ladevèze, Sauveterre, Auriébat, Mazères, la moitié du bourg de Tasque, le quart de Golyte et Villefranque. Vidouze en faisait-il partie aussi à cette époque ou antérieurement ? L'histoire s'accorde-t-elle sur ce point avec la géographie ? C'est une question que nous étudierons plus loin.

La seule race connue des seigneurs de Vidouze a été indiquée par MARCA dans son histoire du Béarn. Au Tome II (Édition DUBARAT p.279), il déclare :

"Parmi les barons du Béarn, il y avait les seigneurs de MIRAMONT et de BIDOZE. Ces deux derniers villages ont été distraits de la terre de Béarn, il y a environ 300 ans".

Quelques pages auparavant ( p.p 272, 273), il avait déjà écrit :

"On trouve, dans les vieux fors, trois établissements de la Cour Majour... avec l'avis des Jurats de la Cour de Béarn dont le dernier est Narnaud de Bidoze avec cette qualité de Jurat de la Cort de Béarn. De manière que l'on ne peut révoquer en doute que le seigneur de Bidose ne fut en ce temps l'un des douze Jurats et que, par conséquent, le village de Bidose ne fut compris dans le territoire de Béarn, puisque d'ailleurs on trouve en divers actes Bruno et Auger de Bidoze assistants et signés parmi les autres gentilhommes et vasaux de Gaston et Centulle, son fils, quoique ce village et celui de Miramont soient distraits de la juridiction et paiis de Béarn à l'occasion de guerres échangées ou autrement".

Cette double affirmation de MARCA est exacte en ce qui concerne l'existence des seigneurs de Vidouze, car nous retrouverons leur trace dans de nombreux documents ; par contre, son opinion que, à cette époque, Vidouze faisait partie du Béarn ne saurait plus être admise d'une manière certaine. La critique historique a fait des progrès depuis cet auteur, et ROGE, dans ses Fors de Béarn (p. 84, note 31) (1) a démontré que le seigneur de Miramont, cité ci-dessus par MARCA concuremment avec celui de Vidouze, n'était pas baron de Béarn au titre de ce village, sis en TURSAN ; mais bien parce qu'il possédait des terres nobles en Béarn à Claracq, Idron et Baudreix dès l'année 1079. Il est donc possible qu'il en fût de même pour les seigneurs de Vidouze ; le fait cité par MARCA que Bruno et Auger de Vidouze vendirent vers 1122 aux Clers de Ste-Christine (hôpital sis en Espagne près du Col du Somport) une grande étendue de terrain, sise à "Nai" en Béarn, laisserait supposer que ces seigneurs étaient également possesseurs de domaines béarnais. Certains auteurs persistent cependant à penser que Vidouze pouvait être béarnais. L'Abbé MARSEILLON dans son Histoire du Montanérez (Abbé MARSEILLAN - Histoire de Montanérez - PAU Ribaut 1877) déclare que le village de Lahitte-Toupière (ainsi que l'indique son nom de Hitte : pierre, borne), séparait la Bigorre du Béarn, ce qui rejetterait Vidouze en Béarn. De même Cardeillac et Rosapelly dans "La Cité de Bigorre" (Rosapelly N. et Cardaillac (X. de) - La Cité de Bigorre - Paris Champion 1890) publient une carte de la Novempopolanie au V e siècle où figure Lahitte-Toupière, Vidouze paraît bien s'y trouver, mais rattaché à la peuplade des Bénéarnenses.

BATCAVE, dans la Revue Historique et archéologique du Béarn et du Pays Basque (Année 1934, page 184) a écrit les Vics du Béarn d'après les Fors ; analysant et commentant le Vic d'Anoye, il y fait entrer la communauté de Vidouze ; mais il ne donne que MARCA comme référence. Or nous avons vu déjà, ci-dessus, que l'opinion de cet historien ne saurait être admise sans réserve. Enfin Vidouze ne faisait pas, non plus, partie de Montanérez, et, dans son ouvrage précité, l'Abbé MARSEILLAN précise que ce village était limitrophe de ce dernier pays et que s'il lui appartenait au point de vue spirituel, la paroisse dépendait du diocèse de Tarbes.

En résumé, aucun document probant ne peut confirmer l'affirmation de MARCA sur l'appartenance de Vidouze au Vicomté du Béarn avant l'année 1300 et à partir de cette date, la communauté se trouve incorporée à la Rivière-Basse et par voie de suite au Comté d'Armagnac.


La succession des divers seigneurs directs de Vidouze paraît, en tous cas, établie comme suit :

1096 - Per ou Pierre de Vidose assiste, à St-Pé à la dédicace de ce Monastère à St-Pierre et St-Paul (Marca t.II P.28).

1122 - Bruno et Auger de Bidose vendent une terre dite "Nai" à l'hôpital de Ste-Christine (Marca Édition Dubarat t.II p.272 et suivantes).

1190 - Lob Gasie de Bidose et Per de Vidosa sont otages d'Arnaud de Montaner dans le traité de paix qui intervient entre ce seigneur et Bernard de Castelbajac (Archives Basses-Pyrénées, série E.306).

1205 - Un seigneur de Bidose est caution d'un traité entre Gaston et Ramon Garsie de Navailles (Marca t.II P.255).

1278 - Un baron de Vidouze remplace le seigneur de Mirepeix à la Cour Majour (Marca t.III p.p. 272, 273).

1286 - Narnaud de Bidose, Jurat de Béarn, prête serment de fidélité à Marguerite de Moncade et Roger de Foix (Archives des Basses-Pyrénées - Série E. 292).

1289 - Le même Arnaud de Vidouze, Jurat de la Cour de Béarn, est témoin d'un acte entre Gaston VII et sa fille Mathe, comtesse d'Armagnac et Guillelme de Moncade (Archives Basses-Pyrénées - Série E.293).


Aranud de Vidouze est le dernier seigneur direct connu de cette localité et il en exerçait les prérogatives encore au moment de l'enquête de 1300. Nous devons toutefois rappeler que cette enquête mentionne, en outre, deux autres seigneurs qui ont des droits sur cette localité ; Sanche de Larreu et l'abbé de Larreule. En ce qui concerne le premier, nous retrouvons sa descendance jusqu'en 1549. En effet, dans un document dont il sera question plus tard, Jacques de Larreu est appelé coseigneur de Vidouze et assiste au serment de fidélité prêté à Henri III de Navarre par les habitants de cette communauté ; il est spécifié dans l'acte, que ce serment est prêté, sans préjudice des "honneurs, autorités et droits" appartenant iceluy dit ce seigneur". C'est le dernier document authentique où le seigneur de Larreu est mentionné. Si la famille a disparu, du moins elle a donné son nom à un quartier de la commune indiqué au cadastre et à une maison qui existe encore dans le village. Quant à l'abbé de Larreule, seigneur de Moulonguet, nous le retrouverons ultérieurement. En tous cas, à partir du XV e siècle, Vidouze va être partagé en un certain nombre de seigneuries particulières dont les pouvoirs et les limites seront difficiles à déterminer. Pour plus de clarté, nous diviserons la suite de cette étude en cinq sections.




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Entraide apportée par :
- M. Alain Eymard
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© Marie-Pierre MANET







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