Le canal de la Neste
Historique et description
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[1] Pendant des siècles, les populations riveraines des cours d'eau issus du plateau de Lannemezan n'ont pu retirer des eaux courantes le maximum des avantages qu'elles offrent.

Ces rivières au pauvre débit en période de sécheresse prolongée ne permettaient qu'une irrigation tout à fait insuffisante et une utilisation industrielle fort précaire. À l'étiage, les rigoles d'irrigation des prairies étaient taries. L'eau des bassins d'alimentation des usines étant épuisée, il fallait fermer les vannes de fuite et attendre patiemment que ces réservoirs se remplissent pour la reprise du travail.

Assurer aux rivières un débit normal afin de satisfaire d'une façon permanente aux besoins agricoles et industriels de la région, tel était le problème dont s'inquiétent encore la haute administration et pouvoirs constitués.

Voici comment il fut partiellement résolu.



Le canal : historique, description :


Au pied du plateau de Lannemezan et sur sa bordure orientale gronde abondante et tumultueuse la Neste formée à Arreau de la jonction de la Neste d'Aure et de la Neste du Louron, celle-là draînant le Massif de Néouvielle (neige vieille), celle-ci le massif des Gourgs-Blancs. Elle coule d'abord du sud au nord, mais à Labarthe où elle vient butter contre le socle du plateau, elle tourne brusquement vers l'est, direction définitive jusqu'à son confluent avec la Garonne à Montréjeau.

Or, pour renforcer le débit des rivières de Lannemezan on emprunte à la Neste au moyen d'un canal de dérivation les 6.500 litres d'eau par seconde qui leur sont nécessaires.

Dès 1840, M. Montet, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, avait eu l'idée de cette utilisation des eaux de la Neste pour rendre navigables la Baïse et le Gers. Par la suite, l'idée de canaliser ces rivières fut abandonnée et l'on préféra répartir les eaux du canal entre les rivières originaires du plateau pour des fins agricoles et industrielles.

Une loi votée le 31 Mai 1846 autorisa les premiers travaux de construction du canal. Après un commencement d'exécution, ces travaux furent suspendus par la révolution de 1848 et ne purent être repris qu'à partir de 1852. La mise en eau du canal date de 1862.

La construction des rigoles destinées à porter les eaux du canal à de nombreuses rivières qui prennent leur source à des kilomètres de la bordure nord du plateau ne fut entreprise que plus tard. Cette construction est d'ailleurs loin d'être achevée.

Le canal s'amorce sur la rive gauche de la Neste à Beyrède, cote 618,63, longe le torrent à flanc de montagne, jusqu'au nord du village de Hèches, puis l'épaulement oriental du plateau. A 17 kilomètres de son origine, il contourne le nord du plateau, dans sa partie la moins élevée, prenant alors la direction générale de l'ouest et coupant au passage, non loin de leur source, les rivières qu'il alimente. Il s'achève près de la gare de Capvern, après un parcours total de 28 km. 460, à la cote 597, selon une pente moyenne de 0 m. 07 pour 100 mètres.

Elle emprunte successivement partie du territoire des neuf communes suivantes sur des distances variables :

Beyrède, 300 mètres ; Sarrancolin, 3.200 ; Hèches, 5.300 ; Lortet, 3.000 ; Izaux, 2.000 ; Labarthe, 5.000 ; Escala, 900 ; Lannemezan et Capvern, 8.760. - Total : 28.460 mètres.

Les difficultés d'exécution du projet, même pour l'époque, ne furent pas très grandes. La différence de niveau entre le plateau et le ravin de la Neste le bordant étant considérable, il fallut amorcer le canal assez en amont, au point précis où la pente serait reconnue convenable pour l'écoulement de l'eau. le nivellement révéla que ce point est à Beyrède sur la rive gauche de la Neste.

A partir de Sarrancolin, le canal a déjà gagné le flanc de la montagne. Il coule vers le nord parallèlement à La Neste et à la route nationale, de laquelle on aperçoit sa murette latérale et autres travaux de maçonnerie, le consolidant. La tranchée fut ouverte dans des terrrains de structure très différente. Aux endroits où le rocher est compact, la cuvette est naturellement imperméable, mais il n'en est pas de même en certains points où le rocher est fissuré ou cavernaux. Là, il fallut la revêtir d'un enduit imperméable de béton de ciment.

Sur son parcours, le canal épouse la configuration du flanc de la montagne : des vallonnements qu'il franchit par des aqueducs, des saillies qu'il traverse au moyen de souterrains.

Le souterrain le plus important est celui de Sarrancolin, qui mesure 146 mètres de longueur. Deux acqueducs retiennent notre attention, celui de Rebouc, 80 m. de longueur, et surtout celui de Hèches, au quartier de Lacoumère. Construit en pierre de taille, il franchit un vallonnement par 20 mètres de hauteur, sur 21 travées et une longueur de près de cent mètres. Ses dimensions, son élégance, sa solidité font songer à quelque œuvre d'art romaine. Il domine et agrémente très heureusement un site de prairies verdoyantes au pied de la montagne.

On peut voir, au nord de Hèches, les ruines d'un acqueduc désaffecté depuis de longues années parce que le terrain sur lequel il fut édifié manque de stabilité. Le canal franchit aujourd'hui la combe par un détour.

D'autres travaux d'art, moins imposants, mais toujours très soignés, sont à citer. Ce sont des contreforts de soutènement, des canalisations qui, sous la cuvette, livrent passage aux eaux de ruissellement de la montagne, des ponts, des ponceaux.

Sur le plateau, le canal a été ouvert dans des argiles plus ou moins étanches. Le fond et les parois de la cuvette sont protégés par un revêtement de pierres sèches ; toutefois, quand l'étanchéité n'est pas suffisante, la cuvette est revêtue d'un enduit de ciment.

Des sources naturelles se déversent parfois dans le canal. Lorsque les pluies prolongées les rendent trop abondantes, elles pourraient le faire déborder. Afin d'éviter cet accident désastreux, des vannes de décharge ont été prévues en certains points du canal : à Rebouc, à Hèches, à Lortet et à Labarthe. Il suffit, en cas de danger, de les ouvrir pour que le trop plein soit instantanément évacué, au moyen de rigoles ad hoc, vers le premier cours d'eau naturel voisin.

La largeur du canal varie de 4 à 6 mètres.

Rivières alimentées par le canal : - Toutes les rivières issues du plateau proprement dit sont directement alimentées par le canal. Aux points voisins de leurs sources où celui-ci les coupe, des vannes d'aimentation réglables à volonté pour un débit déterminé ont été établies.

Voici, allant de l'est à l'ouest, pour chaque rivière, la dotation d'eau par litre et par seconde :

Save, 574 litres ; Gers, 1.044 litres ; Galavette, 70 litres ; Baïse-Devant ; branche orientale, 372 litres ; branche occidentale, 47 litres ; Baïsolle, 256 litres ; Baïse-Darré ou grande Baïse, 916 litres.

D'autres rivières moins importantes, prenant leur source dans les vallons éloignés du plateau sont aussi alimentées par le canal, mais indirectement. Dans ce cas, des rigoles d'un développement total de 49 km. 200, se détachent du canal, parcourent les terrasses et les crêtes dominant les vallées, atteignent, après s'être subdivisées en une infirmité de dérivations secondaires qui irriguent les propriétés traversées, les sources de ces rivières où elles se déversent.

Chacune d'elle reçoit à la seconde :

La Louge : 586 litres ; La Gesse, 430 litres ; La Gimone, 500 litres ; l'Arrats, 500 litres ; La Solle, 127 litres ; La Noue, 203 litres ; La Nère, 121 litres ; L'Avet 91 litres ; Le Rieutort, 148 litres ; Le Bouès, 350 litres.

A remarquer que le Bouès, sous-affluent de l'Adour, ruisseau qui coule tout à fait à l'ouest du bassin, envoie dans l'Océan, par ce fleuve, une certaine quantité d'eau qui, naturellement, devrait lui parvenir par la Garonne.

Les agréments du canal : Si le canal nous apparaît d'une évidente utilité, ses agréments ne sont pas moins manifestes.

Contournant le plateau à l'est et au nord, il déroule paresseusement son cours sinueux entre la double rangée des arbres d'essence variées, plantés sur ses rives.

Vous suivez entre les lignes d'arbres, perspective reposante et constamment renouvelée, le large chemin gazonné semé de panules bleues qui borde les méandres du canal. La voûte de feuillage, fraîche et sombre, vous protège du soleil tandis que la brise du plateau vous fouette agréablement le visage. Des raies de soleil filtrent à travers la feuillée et viennent s'écraser sur l'eau moirée en larges gouttes de lumières qui frémissent doucement. Le flot tranquille, apaisé loin des colères du torrent, coule à plein bords dans le mystère du sous-bois.

Ce n'est jamais le silence total.

Autour de soi, nos frères inférieurs que nous surprenons dans leur habitat naturel, manifestent leur présence par certains bruits, certains mouvements.

Eux aussi ont leurs besoins et leurs désirs, leurs colères et leurs apaisements qu'ils traduisent par un langage qui leur est propre et dont le sens exact échappe à la sagacité de l'observateur, même le plus attentif.

Chante-t-il la haine ou l'amour, ou plus simplement la joie de vivre, ce perpétuel crissement d'insectes de la lande ? Ce doux croassement de rainette qui retentit dans le feuillage de l'aulne est-ce une explosion de colère ou un chant d'amour ? Ce sifflement aigu parti de quelque touffe est-ce l'effroi, la mauvaise humeur qui l'ont provoqué ? Ne serait-il pas plutôt l'expression d'un appel passionné ? Mystère. Mystère encore les petits vols de soie froissée de la gracieuse libellule, ses courts arrêts à la surface de l'eau, ses pauses sur le brin de jonc qui ploie à peine.

Poursuivez sans hâte votre promenade.

Sous vos pas, un bondissement furtif de l'herbe verte, et, ploc ! l'innocente bestiole effrayée disparaît dans l'onde.

Ici le roucoulement si tendre des tourterelles alanguies dans le secret des boqueteaux, se mêle aux cris aigres de quelques geais se querellant à la cîme des grands chênes.

Là, tel un trait de saphir à peine entrevu, le martin-pêcheur, ce joyau vivant surgi de la berge, file devant vous dans un cri perçant et disparaît au premier détour, rasant l'eau de toute la vitesse de ses ailes.

Et au loin, devant vos yeux ravis, la chaîne prestigieuse se dresse splendide, à la lisière de l'immense champ de bruyères.

En ces heures de saine récréation et de rêverie que la vie paraît sereine et douce à qui sait se pencher sur le beau livre de la Nature !

A. Ribes


 

1.Le Canal de l'Alaric

2.Le fleuve de l'Adour






Notes

[1] Sources : Gallica.bnf.fr
Bibliothèque Nationale de France
En cournè det houéc ;
Journal des cours d'adultes du département des Hautes-Pyrénées
Société d'entraide pédagogique - Bagnères - 1935.



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de la Bigorre devenue Hautes-Pyrénées
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© Marie-Pierre MANET








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